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L’hiver où Margaret Thatcher a gagné

Thomas B. Reverdy raconte, dans un livre sage, la Grande-Bretagne en plein chaos qui a vu l’émergence de la Dame de fer. «L’hiver du mécontentement» vient de remporter le Prix Interallié

Londres, hiver 1978. En pleine période de contestation punk, la jeune Candice répète une pièce de Shakespeare dans un théâtre. Elle sera Richard III, le cruel et sanguinaire dictateur, dans une distribution novatrice car entièrement féminine.

Pour plonger son lecteur dans l’ambiance musicale de l’époque, Thomas B. Reverdy choisit d’intituler chaque chapitre par un titre de chanson. Les tubes des Sex Pistols, de David Bowie, de Marianne Faithfull ou des Clash sont égrenés, sans que cela suffise à donner au récit, plutôt scolaire et schématique, un semblant de chaos punk, d’esprit libertaire et d’ensauvagement.

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Cet hiver 1978-1979, l’Angleterre est bloquée par les grèves, le mécontentement de la rue causera la chute des travaillistes et l’arrivée au pouvoir des conservateurs. Dans le même théâtre où Candice répète Richard III, Margaret Thatcher, future Dame de fer, vient prendre des cours de diction, par l’intermédiaire de Laurence Olivier, et gommer «son accent pointu de fille d’épicier». La future première ministre répète son rôle avant d’entrer sur la scène de l’histoire… Elle assistera au Richard III interprété par Candice et ses amies, trouvant «intéressant» l’idée de faire jouer le rôle du héros shakespearien à une femme.

De Maggie à Donald

Les trois thèmes du récit se nouent sur cette scène de théâtre: la jeunesse anglaise et ses aspirations, personnifiées par Candice. La cruauté de Richard III et la mise en scène du pouvoir par Shakespeare (pour régner, il faut pratiquer «l’injonction contradictoire», punir et consoler en même temps, faire régner la terreur et diviser). Et enfin la montée au pouvoir de l’ultralibérale Thatcher, qui semble avoir retenu la leçon de Richard III. La dame qui veut «rendre sa grandeur à la Grande-Bretagne» permet à Thomas B. Reverdy de tisser des parallèles avec Trump et notre époque. «Richard III, c’est quand le pouvoir le plus absolu ne provient pas de l’ordre, mais du chaos le plus total.»

L’idée est séduisante, mais le roman manque de chair. Son rapport à l’histoire est didactique et le narrateur témoigne d’une certaine condescendance à l’égard de son personnage principal («A vingt ans, on n’a pas assez d’expérience, alors on se fait des certitudes»). L’auteur donne le sentiment de rester extérieur à son sujet, et de surfer, un brin opportuniste, sur la vague «Balance ton porc» dans une scène de harcèlement. «Il y a toujours un mélange ambigu de peur et de joie au spectacle du chaos», explique le narrateur. L’hiver du mécontentement paraît, lui, paradoxalement trop sage et rangé.


Thomas B. Reverdy, «L’hiver du mécontentement», Flammarion, 219 p.

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