«No Impact Man». Ne dirait-on pas le titre d’un film américain à grand spectacle, avec météorites se rapprochant dangereusement de la Terre, et avec, dans le rôle du sauveur, une star sur le retour? No Impact Man – Saving the World, One Family at a Time est bien un long-métrage, sorti le 11 septembre dernier aux Etats-Unis. Dans un sens, c’est aussi un film catastrophe. Même s’il s’agit avant tout d’un documentaire. Avec, en vedette, Colin Beavan, mais aussi sa femme Michelle et leur petite fille, Isabella. Trame de l’histoire: comment réduire son empreinte carbone quand on vit à New York, au cœur de Greenwich Village.

Début septembre, Colin Beavan a également publié un livre. Il est actuellement en tournée pour présenter son ouvrage à travers les Etats-Unis. Les curieux qui ne peuvent le rencontrer savent où le trouver: sur le Net. Colin Beavan a bien sûr un site officiel et un compte sur le site Twitter. Et surtout, un blog, qui a joué un rôle crucial dans sa médiatisation et son succès.

Revenons en arrière, fin 2006 plus précisément. Colin Beavan, 43 ans, vit à Manhattan, sur la Cinquième Avenue. Pour gagner sa vie, il écrit des récits historiques. Un jour, il a cette idée à la fois simple et géniale: une année durant, il va s’essayer, avec les siens, à réduire à néant son empreinte de carbone, soit la mesure du volume de CO2 émis par combustion d’énergies fossiles. En clair, ne pas polluer. Du tout. Et il décide de raconter tout cela dans un journal en ligne.

«L’année sans papier toilette»

Colin Beavan n’est pas le premier. La vague de témoignages sur une vie différente, moins tournée vers la consommation, est en plein essor, notamment outre-Atlantique (lire Le Temps du 27.10.08). Mais l’homme a deux atouts majeurs. Il sait écrire, et il a de l’humour. «Mégalo», de son propre aveu, il a surtout la conscience aiguë d’être pile-poil dans l’air du temps. Bref, il sait qu’il a trouvé le parfait filon. Une amie de sa femme, réalisatrice indépendante, piaffe, caméra au poing.

La sauce prend. Un New-Yorkais «typique, accro aux take aways», qui essaie de ne plus polluer, voilà qui est autrement plus piquant qu’une institutrice des Ardennes se passant d’eau chaude et filant sa laine. Beavan raconte tout. Cela tourne parfois à la farce. Quand il découvre qu’il ne peut plus acheter à l’emporter un plat ou un café, contenant de plastique oblige, c’est le choc. «C’est bien parce qu’on peut trouver exactement ce qu’on veut au moment même où on le veut qu’on vit à New York, non?» se lamente-t-il.

Fini l’électricité. Le bicarbonate de soude remplace le dentifrice. Les jouets d’Isabella sont d’occasion, les livres viennent de la bibliothèque. Les sous-vêtements neufs constituent la seule entorse au règlement. Les Beavan redécouvrent les plaisirs de la marche et du vélo, mais aussi du compost et des toilettes sèches. En mars 2007, le New York Times publie un reportage sur l’improbable trio. Titre de l’article «L’année sans papier toilette». Pour laver son linge, la famille patauge allègrement dans la baignoire. Et se nourrit quasi exclusivement de yaourts faits maison et de légumes achetés aux producteurs les plus locaux possibles.

Sous couvert d’aventure personnelle, Colin Beavan se documente, alimentant régulièrement son blog de statistiques sur la consommation et la pollution, d’initiatives caritatives, et fait intervenir des spécialistes. Quid de l’impact du livre et du film sur l’environnement? «Je sais. Je sais. Cela m’a posé des problèmes de conscience. Mais chacun de nous doit décider de ce qu’il est prêt à laisser tomber ou non pour l’environnement. Je ne suis pas prêt à abandonner l’écriture. Mais j’utilise ma position dans les médias pour essayer de changer les choses, un petit peu», se justifie-t-il sur son blog.

Impossible de douter de la sincérité écologique de Beavan. Mais l’homme horripile ainsi nombre de ses compatriotes. Ceux-ci dénoncent en ce «geek écolo» un phénomène de foire acharné à culpabiliser la nation. Certains commentateurs, qui raffolent de ses anecdotes, voient d’un œil suspicieux la manière dont il a planifié son succès. Depuis la sortie du film, des spectateurs ont pointé du doigt son arrogance, et déploré que son message en soit amoindri.

Le livre doit paraître en français en mars prochain. La directrice du Fleuve Noir, Deborah Druba, est tout de suite tombée sous le charme et y a vu une belle opportunité d’élargir son catalogue, essentiellement constitué de romans populaires et policiers. Les lecteurs francophones seront-ils intéressés par cette leçon d’anti-consommation donnée par un Américain? Deborah Druba pense que oui. «Sa nationalité renforce le message puisqu’il pousse à bout la problématique: vivant dans le pays le plus pollueur du monde, il part de plus loin. Et si cela peut modifier quelques-unes de nos habitudes, peu importe si l’impulsion vient de l’autre côté de l’Atlantique.»

No Impact Man: The Adventures of a Guilty Liberal Who Attempts to Save the Planet… Editions Farrar, Straus and Giroux, septembre 2009. No Impact Man, à paraître en France aux éditions Fleuve Noir le 11 mars 2010. http://noimpactman.typepad.com