Au départ de L’Horizon, le nouveau roman de Patrick Modiano, une image d’une grande netteté, «comme un film», précise-t-il: un homme attend une femme à la sortie du bureau, vers 19h. Soir après soir, il est là. Et elle le fuit. L’image a déclenché l’écriture. Au final, on retrouve bel et bien une femme traquée. Mais l’homme qui l’attend à la sortie de son travail, l’aime, même si ce mot n’apparait jamais.

Cet homme, Jean Bosmans, a la soixantaine aujourd’hui. Il est écrivain, comme beaucoup de héros de Modiano. Et comme beaucoup aussi, il laisse venir à lui, dans le désordre, des pans de souvenirs. Ces échos du passé se présentent étrangement. Un nom ressurgit et tire à lui des scènes. Une sortie de bureau en l’occurence. Il y a quarante ans en arrière, comprend-on petit à petit, Jean Bosmans, en fin de journée, attendait Margaret Le Coz.

Patrick Modiano raconte bel et bien la rencontre entre le jeune homme et la jeune femme. Les quelques paroles échangées. Mais il faut presque revenir en arrière, tourner les pages à rebours, pour s’assurer d’avoir bien lu tant l’on se prend à croire que cette histoire nous appartient en fait. Avec cette façon de s’en tenir à l’armature, aux signes, aux silences. Si un homme attend une femme à la sortie de son travail et qu’elle lui fait signe de la main quand elle apparait, c’est qu’ils ont des sentiments l’un pour l’autre. Pas besoin d’en écrire plus, le lecteur s’en charge.

Une émotion est précisement décrite: la peur. Margaret Le Coz est poursuivie par un homme. Elle se cache à la périphérie de Paris. A Auteuil, précisemment. Jean Bosmans aussi, se cache. Il fuit une femme, «qui selon l’état civil», est sa mère, et l’homme qui vit avec elle. La description de ces deux personnes, leurs traits physiques, leurs vêtements, leur façon de bouger, l’hystérie qui se dégage d’eux, leurs apparitions, toujours démiurgiques, ceci en quelques traits à peine, frappent durablement la rétine du lecteur.

tient dans l’affinement jusqu’à la quasi disparition des frontières temporelles.