En trois albums, il s'était fait un nom et une jolie réputation dans la chanson. Mais le confort n'étant pas son fort, Dominique Dalcan a troqué son statut de star naissante contre un pseudo mystérieux – Snooze – et une «carrière» électronique. Mue profitable s'il en est: The Man in the Shadow, opus inaugural de cette nouvelle vie, a non seulement fait forte impression en France, mais il a également ouvert au jeune expérimentateur (qui soigne lui-même la production de ses compositions) les portes du marché étranger. Adoptée par l'influent Melody Maker, repiquée pour illustrer divers films ou spots publicitaires, cette matière musicale sophistiquée, mais rarement désincarnée, trouve aujourd'hui son prolongement naturel avec la sortie de Goingmobile. Dopé par un trio vocal recruté outre-Atlantique, ce deuxième essai accessible et pointu refuse obstinément de choisir son camp pour distiller des plages à l'antithèse de la «french touch» de Air, Daft Punk et autre Cassius. Rencontre avec un artiste aux sourcils et au front ras, mais aux idées larges.

Le Temps: Snooze a-t-il été contraint de tuer Dalcan pour exister?

Snooze: Non, les deux projets existent en parallèle. Au départ, l'idée du pseudo est née d'un lien contractuel. Comme mes albums de chansons et mes albums électroniques ne sortent pas dans la même maison de disques, il a fallu trouver un moyen de contourner la difficulté. Ce qui n'a été possible que parce que j'avais pris la précaution d'imposer une clause d'exception sur mon contrat. Pour l'instant Dalcan est en hibernation. Je ne sais pas quelle signature portera le prochain album. Cela dépend surtout de mes envies, de la manière dont je souhaite raconter les histoires. Est-ce que je veux tenir le premier rôle ou rester dans les coulisses?

– Est-ce à dire que vous projetiez depuis toujours ce virage vers l'électronique?

– L'envie est effectivement présente depuis très longtemps. Et quand le vase a été plein, je me suis mis au travail pour réaliser le premier album. Entre-temps, j'avais réussi à placer des titres sur deux compilations («Freezone 2» et «Freezone 3»), qui m'ont ouvert quelques portes. Et quand le premier album de Snooze est sorti, l'accueil a d'emblée été assez bon. Ce qui a été bénéfique, dans la mesure où cela m'a permis de rencontrer d'autres gens, de renouveler l'univers dans lequel j'évoluais jusque-là.

– Comment composez-vous cette matière qui est plutôt abstraite?

– Je ne suis pas vraiment de règles, même si je suis assez rigoureux. Comme un écrivain, je me mets à ma table de travail tous les matins. Je ne me souviens pas forcément comment les événements s'enchaînent pour arriver à un morceau, mais ce qui compte surtout, c'est de partir d'une idée pour ce qui est du fond et travailler la forme sans se départir du sentiment de départ. Contrairement à la plupart des musiciens électroniques, qui travaillent à partir de boucles, je construis une charpente assez traditionnelle avant d'attaquer la mise en son à proprement parler.

– C'est un peu le piège habituel des machines et de leurs possibilités infinies…

– Non, c'est plutôt le piège des gens qui utilisent des machines. L'ordinateur permet de réaliser beaucoup de choses assez facilement. Si tu avances de façon aléatoire, il y a bien des chances d'égarement. Ceci dit, ces digressions sont souvent très intéressantes, mais il faut être capable de toujours garder son objectif en point de mire. Quand l'inspiration n'est pas là, je me concentre sur la préparation de son, la réunion de matériel qui me servira plus tard. C'est une sorte de réserve de matière première qui me permet ensuite de jouer sur le relief des titres.

– La musique électronique est un univers souvent sérieux, parfois un peu triste, alors que vos albums, sans être franchement joyeux, respirent l'autodérision…

– Je tenais à ce que Goingmobile soit un album très lisible, facile d'accès. L'humour ou le décalage permettent d'injecter davantage de nuances. Mais c'est aussi le reflet de ce qu'est la vie: un mélange de tendances sombres et d'humeurs plus légères. C'est une manière de ne pas trop se prendre au sérieux et puis le contraste permet peut-être de donner encore davantage d'impact aux plages les plus désespérées.

– Depuis quelque temps, on parle beaucoup de la «french touch» et de ces groupes français qui font danser la planète. Quel regard portez-vous sur ce phénomène?

– Aucun, je ne vois absolument rien dans le terme de «french touch», sinon une appellation réductrice. Sans porter de jugement, je vois surtout cela comme une pure création médiatique. J'ai sorti mon premier CD électronique avant l'émergence de la «french touch» et cela ne m'a pas empêché de trouver une diffusion à l'étranger. La musique, ce n'est pas une compétition. Et je me fiche totalement de compter les points.

Snooze: «Goingmobile» (RecRec).