Les déménagements, l’entre-deux-guerres, le scandale GameStop, les Pokémon. C’est à ce florilège de sujets improbables qu’une équipe d’humoristes s’est frottée samedi passé au Caustic Comedy Club, petite salle genevoise et chef-lieu du stand-up romand. En guise de public, trois smartphones pour filmer et retransmettre en direct sur YouTube les punchlines de Yoann Provenzano ou de la jeune Cinzia Cattaneo, lauréate du concours Morges-sous-Rire 2019. Qui raconte face caméra ces réactions étranges au moment d’inscrire sa profession sur les formulaires de postulation pour un appartement: «Je ne savais pas que pour les gens qui gagnent de l’argent, humoriste c’était synonyme de saltimbanque!»

Des saltimbanques qui enchaînent les tours d’adresse… en mode virtuel. Voilà trois mois que les fondatrices du Caustic Comedy Club, Olivia Gardet et Emilie Chapelle, ont lancé le Caustic Live: une série d’émissions d’humour hebdomadaires proposées en streaming et jonglant entre les genres. Big Bang, qui voit chaque samedi soir quatre têtes brûlées s’emparer de thèmes soumis par les internautes; Playground, interviews blagueuses d’humoristes (de Nathanaël Rochat à Alexandre Kominek); viVant, table ronde sur le spectacle vivant en temps de pandémie, qui accueille acteurs, musiciens ou danseurs; ou encore Exit, un quiz déjanté où les comiques s’affrontent pour une cagnotte reversée à des associations.

De la scène au studio

Derrière les portes closes, faire vivre à tout prix la culture et le rire: tel pourrait être le créneau d’Olivia Gardet et Emilie Chapelle qui, en mai dernier, imaginaient déjà un show donné devant un rang de… tablettes. Une première expérience 2.0 qui les encourage, au début du second semi-confinement, à innover encore en transformant la salle du Caustic en studio TV, avec marquages au sol et cadrages soignés. «On ne se voyait pas ne rien faire. Pour nous, mais aussi pour les gens qui suivent le Caustic, à qui on souhaitait proposer du contenu divertissant et pertinent. Et pour les artistes, contents de pouvoir travailler», explique le duo.

Lire aussi:  Au Caustic Comedy Club, un public de tablettes

Rien que pour Big Bang, pas moins d’une trentaine d’entre eux, de notoriétés et de niveaux différents, se sont prêtés au jeu du solo filmé. «Il faut l’apprivoiser, en particulier l’absence des rires qui donnent habituellement le rythme, note Emilie Chapelle. Mais cette obligation d’écrire et de se mettre en danger leur fait du bien, leur rappelle l’exercice scénique.»

Pour saluer ces performances, un seul chapeau virtuel. Alors les deux fondatrices improvisées régisseuses se sont tournées vers le canton de Genève, qui soutient «les projets de transformation» des lieux culturels à hauteur de 80%. Après un appel aux sponsors, 5900 francs manquent encore pour couvrir les 20% restants, et ainsi permettre la rémunération systématique des participants aux émissions de ces derniers quatre mois.

Lire également: Olivia Gardet et Emilie Chapelle, l’humour en haut de l’affiche

Milieu fragile

C’est pour réunir cette somme que le Caustic a lancé ce mois une campagne de financement participatif (courant jusqu’au 11 mars). «C’est aussi une manière de montrer que les gens travaillent gracieusement depuis mars et qu’il faut trouver un moyen de les aider financièrement», souligne Olivia Gardet. Et le milieu de l’humour est particulièrement fragilisé. «Ceux qui vivent confortablement sont très, très peu nombreux. Les autres, qui reçoivent des RHT modestes et ne sont pas forcément accompagnés par un producteur, sont contraints à trouver une autre activité.»

Pour soutenir et rassembler ces jeunes talents, et même si elles naviguent à vue, les deux fondatrices réfléchissent à de nouveaux formats pour les mois de mars et avril – et pourquoi pas des livestreams payants? D’ores et déjà à l’agenda le 27 février, une soirée de levée de fonds avec Alexandre Kominek, Yoann Provenzano, Charles Nouveau et d’autres invités surprises. Un talk-show «dans l’esprit Enfants de la télé, entre retours sur image et vidéos d’archives». Toujours à distance, oui, mais parfaitement croustillant.