L’écrivain franco libanais Amin Maalouf, qui vient d’être élu à l’Académie française, passe l’été dans sa petite maison de l’île d’Yeu au large de la côte Atlantique française, où il écrit et observe l’actualité du monde. «J’ai ressenti un coup de foudre immédiat pour cette île. Je cherchais un endroit calme pour trouver la sérénité», explique l’auteur de «Léon l’Africain», «Le Rocher de Tanyos» (Prix Goncourt 1993) ou «Samarcande». Il trouve là «un lieu familier», une ambiance qui lui rappelle le village du Liban où, enfant, il passait ses vacances en famille avec «les figuiers, les oliviers, les vignes», confie-t-il dans la petite cour de sa maison aux volets bleus, un lieu clos et frais à peine troublé par la rumeur du voisinage.

Il se lève tôt, travaille toute la matinée dans son bureau aux murs tapissés de livres, copie conforme «en plus petit» du bureau de son appartement parisien. L’après-midi, «je lis, j’écoute les informations, je cherche à savoir ce qui se passe dans le monde, je vais me promener», raconte-t-il. L’actualité passionne cet ancien journaliste converti aux vertus d’internet. «C’est un immense privilège de vivre aujourd’hui. Les moyens que j’ai en tant que citoyen ordinaire devant mon écran sont infiniment supérieurs aux moyens dont disposaient les gouvernements les plus puissants il y a trente ans», dit-il. A 62 ans, il se perçoit comme «un observateur, quelqu’un qui essaie de comprendre avec un regard d’historien».

En début d’année, il a passé «plusieurs heures par jour, parfois même des journées entières» devant son écran, à suivre les soulèvements dans le monde arabe. «Je suis inquiet pour le monde arabe, il piétine. Mais je suis aussi inquiet pour l’Europe parce qu’elle régresse. Elle est en train d’abandonner son rôle, de le jouer de manière nonchalante, sans conviction», dit-il. Pour lui, «on va plutôt vers un monde arabe qui va être pendant quelques années dans les soubresauts avant de trouver un point d’équilibre».» Je ne crois pas à une contagion en direction du Liban, on va plutôt assister à un attentisme généralisé de la part de toutes les factions qui vont attendre de voir ce qui va se passer ailleurs dans le monde arabe, surtout en Syrie», analyse-t-il.