La sentence semblait inéluctable. Après le Festival de Cannes, c’est celui de Locarno qui renonce à son édition 2020, qui aurait dû être la 73e (du 5 au 15 août). Pour sa directrice artistique, Lili Hinstin, qui avait dirigé son premier festival l’été dernier, c’est forcément un coup dur.

«Le Temps»: Comme la plupart des acteurs culturels, vous observez depuis plusieurs semaines l’évolution de la situation. La décision d’annuler le festival 2020 était-elle déjà prise avant les nouvelles annonces du Conseil fédéral?

Lili Hinstin: La décision n’était pas prise, mais forcément que le scénario était envisagé, parmi beaucoup d’autres. On a tout essayé, avec parfois des idées saugrenues, pour conserver des projections physiques, tout en garantissant la sécurité et la santé des spectateurs, des collaborateurs et des habitants de la ville, mais on s’est vite rendu compte que c’était impossible. On avait aussi réfléchi à des options réduites à 80, 50 ou 20%.

Lire aussi: Lili Hinstin: «J’ai une totale confiance dans le public»

Réfléchissez-vous à des moyens, sans totalement basculer en ligne, d’offrir une visibilité à des films que vous auriez sélectionnés? D’autant plus que Locarno est très porté sur les premiers films et les découvertes, pour qui une telle vitrine est primordiale…

S’il y a des films pour lesquels une visibilité en ligne pourrait être utile, ce n’est clairement pas le cas de la majorité. Et surtout, on ne veut emprisonner personne: on a offert à tous les gens qu’on a déjà sélectionnés de les accueillir l’année prochaine, mais on veut qu’ils soient libres et qu’ils puissent aller ailleurs. Ce qui serait bien, par contre, c’est de pouvoir donner un label Piazza Grande à quelques films lors de leur sortie en salles.

Dans une logique de soutien à l’industrie, on a en tout cas déjà décidé de remettre des Pardos, le grand prix du festival, à un projet suisse et à un international qui ont été arrêtés à cause de la crise. C’est bien sûr une goutte d’eau dans l’océan, mais c’est au moins ça. On a aussi réfléchi en termes de cercles vertueux: les professionnels les plus touchés, ceux qu’on aimerait aider, se trouvent au début et à la fin de la chaîne: ce sont les créateurs (réalisateurs et producteurs) et les salles. Tout ce qu’on peut faire pour les aider, on le fera.

Lire l'article lié: L'été culturel ressemble un peu plus à un silencieux désert

Vous êtes-vous déjà penchée, avec le directeur opérationnel et le président, sur les conséquences économiques de cette annulation?

Depuis un mois, on a dû faire au moins six projections budgétaires différentes. Au bureau opérationnel, ils ont travaillé comme des fous pour anticiper les conséquences de chaque décision. Tout marche ensemble, on se parle tout le temps afin de prendre les meilleures décisions.