Lilian Obligado de Vajay est née à Buenos Aires en 1931, dans une famille dédiée à la littérature et à l’art. Son grand-père était le prestigieux poète Rafael Obligado, auteur de Santos Vega, et sa grand-tante María Obligado, l’une des premières femmes peintres reconnues en Argentine. Entre ces deux disciplines artistiques, Lilian a choisi la peinture dès son plus jeune âge. Lorsqu’elle était enfant, son père, le poète Jorge Obligado, l’a emmenée avec lui aux Etats-Unis, en Californie où elle a rencontré Walt Disney. Elle a alors à peine 10 ans lorsque le fondateur des Studios Disney lui fait admirer quelques dessins au crayon représentant des animaux en mouvement. La petite fille se dit: «Je veux dessiner comme ça!»

De retour à Buenos Aires, elle s’inscrit à l’académie du professeur Puig, où elle apprend également à dessiner des portraits. La jeune Lilian découvre la nature sauvage des paysages qui l’entourent – elle grandit sur les rives du fleuve Paraná, dans le château de La Vuelta de Obligado, entourée d’animaux qui deviendront plus tard les protagonistes de ses histoires. Elle partira ensuite pour les Etats-Unis, où elle deviendra une artiste très sollicitée pour les livres destinés aux enfants. Des années plus tard, elle se mariera avec Szabolcs de Vajay et déménagera à Paris, où naissent ses deux enfants, Cristina et Sigismond, avant de finalement s’installer à Vevey.

De l’hôpital au musée

Pour celles et ceux d’entre nous qui la connaissaient, la regarder peindre était comme assister à une séance de magie: avec un crayon et une feuille de papier, en deux secondes, elle capturait le geste d’un enfant, dessinait un chat. Au cours de sa longue carrière professionnelle, elle a publié plus d’une centaine de livres pour enfants et adolescents pour les plus importants éditeurs du monde.

Cependant, malgré une carrière aussi longue que réussie et prolifique, Lilian Obligado a été, pendant de nombreuses années, le secret le mieux gardé de la scène artistique de Buenos Aires. Peut-être parce que sa vie s’est déroulée entre différents continents, bien qu’elle soit une visiteuse régulière de la ville portègne. Peut-être aussi parce que son caractère léger et amusant n’aimait pas trop la solennité. Ce qui est certain, c’est que la distance a retardé une reconnaissance qui est arrivée à l’âge de 86 ans seulement, mais de manière très forte. «Ma vie a été un conte de fées et de sorcières», a-t-elle dit un jour. Dans ses dernières années, elle a profité d’un séjour à l’hôpital pour transformer sa chambre en atelier, d’où elle a préparé une magnifique exposition au Musée d’art et d’histoire national de Buenos Aires, qui lui a valu de faire la une des principaux journaux argentins.


* Nièce de Lilian Obligado de Vajay, Clara Obligado est écrivaine. Traduit de l’espagnol par Sigismond de Vajay.


Pour découvrir le travail de l’artiste, rendez-vous sur sa page Instagram: lilianobligado