Elle a 21 ans mais semble avoir déjà chaussé les charantaises en scène. Lily Allen, intronisée Lolita pop depuis cet été, squatte les premières marches des hit-parades européens et celles des plates-formes légales de téléchargement. Les ventes de son premier album, Allright, Still, se portent comme un charme. Après Paris, avant Tokyo, l'Anglaise faisait halte samedi soir à Lausanne. En tête d'affiche du Metropop Festival, à guichets fermés à la salle Métropole, son cocktail de pop et de reggae, de hip-hop et de jungle, de calypso et de soul ne s'est pas montré aussi revigorant qu'escompté. Des tubes rafraîchissants, elle n'en manque pourtant pas. Mais sept musiciens, deux choristes, un public chaud comme la braise ne suffisent pourtant pas à rendre son concert aussi émoustillant que son disque.

Une section de cuivres, des syncopes ska-reggae agréables, des mélodies pop et des refrains plein la voix ne sauvent pas Lily Allen sur scène. Elle est comme perdue au cœur d'une machinerie scénique si bien huilée qu'elle en tourne à vide, orchestre de bal ou fanfare d'un soir sans inspiration. Plus d'une demi-heure durant en tout cas, le survêt'gris trop large de Lily l'anti-diva arpente la scène, absent, nonchalant, désincarné comme les contretemps somnolents et téléphonés de la bande-son.

La petite peste pop montre qui plus est peu d'envie. Du coup, le concert brasse, sans grâce ni allant et encore moins de folie, ces airs d'antan noirs que son oncle Joe Strummer a ragaillardis avec les Clash dans un autre temps. Peut-être que Lily Allen a déjà 50 ans dans sa tête, songe à tout autre destin? Heureusement, deux habiles chansons, ses deux bombinettes suprêmes que sont «LDN» et «Smile» donnent un autre tour à l'entreprise en crise. On perçoit soudain du soleil, à défaut de souffle, dans les charmantes brisures vocales d'Allen grâce à ces deux titres ultra-mélodiques et sautillants. Sauvetage in extremis d'un concert au final aussi attendu que décevant. Lily Allen, pâle étoile de sa réputation discographique, a dévoilé en scène les limites d'un répertoire bâtard qui gagnerait paradoxalement en énergie épaulée d'un sound system taillé pour les clubs plutôt que d'un grand orchestre.

La 6e édition du festival Metropop n'en a cure. Elle a drainé 10 000 personnes en quatre jours. Un record. La multiplication des salles abritant le festival et une affiche de bonne tenue n'y sont pas étrangers.