Enfants

L’imagination à la rescousse

Deux albums parus chez Kaléidoscope ce printemps font de l’imaginaire le moteur même de la narration, et les animaux y occupent une place de choix!

Qui ? Jean-François Dumont
Titre: Zoo fermé pour travaux
Chez qui ? Kaléidoscope. Dès 6 ans

L’écriteau «Zoo fermé pour cause de travaux» aurait pu marquer la fin de ce qui devait être une belle matinée à deux, mais le papa de Pierre invente tout de suite une diversion: les animaux doivent bien être quelque part, en ville sûrement, il suffit d’ouvrir l’œil et on déjouera leurs stratagèmes, surprendra leurs déguisements. Tout d’abord sceptique, Petit Pierre va entrer dans le jeu – et Dumont l’illustrateur aussi –, transformant une simple balade en un safari urbain du meilleur effet. Dès lors la déception se transformera en complicité joyeuse.

Jouant avec les «types» humains, les images peu à peu glissent vers des représentations animales (un morse en costume marin, un zèbre aux habits très décontractés), suggérant que tout n’est qu’une question de regard. Et dans cet album, le regard est porteur de sens et de sentiments – ceux entre l’enfant et le père sont comme sublimés lorsqu’ils adoptent le même point de vue – et l’imagination se révèle être un état d’esprit vite contagieux!

Qui ? Rebecca Cobb
Titre: A table!
Traduit de l’anglais par Elisabeth Duval
Chez qui ? Kaléidoscope. Dès 4 ans

Le jeu entre réalité et imaginaire est traité de façon très différente dans l’album A table! de Rebecca Cobb. Une fillette, absorbée par ses coloriages, n’a pas envie de manger. Surviennent alors un crocodile, un ours et un loup qui, au grand étonnement de la petite, vont dévorer son repas. Elle retourne à ses jeux, mais la faim la tenaille… C’est là que cela devient intéressant, car sa mère l’a félicitée d’avoir si bien terminé son assiette.

Le flou règne donc entre ce qui est de l’ordre de l’affabulation de l’enfant, de ses désirs, de ses arrangements avec la réalité. A-t-elle «joué à manger»? S’est-elle inventé une histoire pour le plaisir ou pour accepter plus facilement les contraintes? Ou bien, tout simplement parce que l’on est dans un livre pour enfants, des bêtes sauvages sont venues s’attabler à ses côtés… Une chose est certaine: s’il n’y avait auprès d’elle l’ours, le loup et le crocodile, la fillette serait bien solitaire; elle mange seule, elle joue seule – jouer, pour elle, c’est peindre et dessiner.

Trois choses me ravissent dans cet album: le mystère y reste entier, les illustrations sont vraiment à croquer, et sans jugement mais avec le sourire adorable d’une enfant très inventive, il montre les remèdes que l’imagination peut offrir à une forme d’esseulement bien commun.

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