Yoga, c’est l’histoire d’un livre impossible à écrire et c’est l’histoire d’un auteur en quête d’une impossible unité. C’est aussi l’occasion d’une polémique – dont le monde parisien a le secret –, tant il est vrai que ceux qui vivent et publient à Paris le font dans un petit monde où tous se connaissent, que la question du vrai et du faux dans leurs livres se pose parfois pour leurs voisins, leurs compagnons de vacances, leurs amis et leurs amours (qui sont souvent éditeurs, journalistes ou écrivains). Et lorsqu’ils racontent par écrit de manière véridique ou fictionnelle leur vie – en mélangeant parfois l’une et l’autre, comme le fait semble-t-il Emmanuel Carrère dans Yoga –, il leur arrive de blesser quelqu’un. A noter qu’Emmanuel Carrère n’est pas pour rien l’auteur d’un livre intitulé D’autres vies que la mienne où il s’empare, pour dire tout le bien qu’il en pense, de vies de son entourage.

Une dispute

Dans ce dernier livre, Yoga, il semble qu’il ait cette fois blessé son ancienne compagne, Hélène Devynck, qui apparaît dans ses textes précédents mais qui l’a quitté depuis, ce qui, estime-t-elle, prive désormais l’écrivain du droit de la mettre en scène. Elle ne le souhaite pas. Elle l’a signifié par voie juridique à l’auteur. Elle vient de le répéter par voie de presse à Vanity Fair et elle ajoute que son ancien compagnon, qui revendique une littérature «où on ne ment pas», truque en fait le réel et l’enchaînement des faits. Il faut la croire et comprendre ses reproches. Mais on peut aussi se sentir assez loin de Paris pour noter que si, par hasard, on lisait ce livre pour en savoir plus sur elle, on en serait pour ses frais.