S'engager dans un chœur de tragédie, drôle de marotte. Depuis mi-août, 180 Genevois vivent cette expérience. Des jeunes à partir de 16 ans, des aînés septuagénaires. Seul critère à satisfaire pour être enrôlé: être prêt à consacrer deux jours par semaine aux répétitions, sous la direction d'acteurs professionnels. Ceux-ci ont eux-mêmes assimilé les règles de ces Perses auprès de Claudia Bosse, le metteur en scène. «Notre but, explique cette dernière, c'est que ces citoyens, comme on disait à Athènes, fassent une expérience qui leur permette d'entrer dans un texte a priori difficile. Et de comprendre ce que peut être le théâtre, comme lieu de réflexion sur la politique.»

Il y a 2500 ans, à l'époque d'Eschyle, être choreute était non seulement un honneur, mais aussi un devoir, souligne Sophie Klimis, qui enseigne la philosophie antique à l'Université Saint-Louis de Bruxelles. En ce temps-là, les poètes participent à des concours de tragédie. Un magistrat - l'archonte - distingue trois auteurs qui montent eux-mêmes leurs pièces devant plusieurs milliers de spectateurs.

«Si les acteurs étaient des professionnels, le chœur était formé de citoyens amateurs, explique Sophie Klimis. Ceux qui étaient désignés n'avaient pas le choix: s'ils refusaient, ils étaient passibles d'amende.» Les citoyens étaient projetés alors, via la fiction, dans une autre condition que la leur. «Le chœur, dans la fiction, c'est la voix des femmes ou des vieillards, ou des esclaves. Etre choreute, c'était une forme d'initiation. L'expérience de l'altérité.»