Barbe-collier et cheveux longs, Sébastien Tellier rêve de conquérir la planète musique. Et pour parvenir à ses fins, le jeune Français (25 ans) cumule les atouts: une solide culture musicale, une personnalité on ne peut plus décalée et une ambition assumée. Sans compter un premier album, L'Incroyable vérité, publié par le label de Air, duo versaillais qui partage avec Daft Punk le privilège de compter parmi les principaux promoteurs de la «french touch» à l'étranger.

Objet musical difficilement identifiable, L'Incroyable vérité échappe dès les premières mesures à la catégorie sous-produit. C'est sa première qualité. Loin des sonorités «trendy» des bidouilleurs parisiens à la mode, Sébastien Tellier compose à partir de «vrais» instruments (piano, orgue), laissant l'essentiel de l'espace aux sonorités acoustiques. Aérien, éthéré, le climat général de l'album oscille entre révolte et rêverie, ordre et chaos, classicisme et esprit seventies, pour évoquer les états d'âmes, les enthousiasmes et les dégoûts d'une vie parmi d'autres.

«La vraie vie»

«Je suis plus dans l'art que dans la musique, plus proche d'un Picasso que de Air, Phoenix ou Daft Punk. Pour moi l'idée que la modernité passe par la recherche d'un son plus évolué technologiquement est totalement dépassée. La vraie évolution, c'est dans la tête qu'elle doit se faire. Ce disque est un témoignage sur ce qui se passe dans la vraie vie, à la manière de ce que faisaient autrefois les écrivains. Et ce, avec la volonté de tirer un bilan et d'offrir une référence pour les gens qui se demanderont ce qui se passait dans nos vies sentimentales en l'an 2000.»

Voilà pour le programme, pas vraiment humble de cette inclassable galette. Concrètement on ne retrouvera pas forcément tout ce que Sébastien Tellier a projeté sur L'Incroyable vérité. Demeure pourtant une patte de compositeur un rien floydienne mais indiscutablement sûre («Universe», «Kissed by You», «Black Douleur») et une réalisation au-dessus de tout soupçon.

Travail impressionniste, en grande partie instrumental – hormis deux titres en anglais –, cette première livraison mise en son par Quentin Dupieux (Mr Oizo) ignore superbement l'usage de la batterie ou de la boîte à rythmes. Pas de pulsations sauvages ni de course aux BPM ici, mais une volonté de progresser tout en économisant ses cartouches: «Le premier album c'est celui qui décide de toute ta carrière. Vu la façon dont je me positionne en tant qu'artiste et mes ambitions, il était impensable que je m'enferme d'emblée dans une façon de faire, qu'on puisse ranger L'Incroyable vérité au milieu d'une masse quelconque. Il fallait impérativement que tout reste ouvert pour la suite.»

SÉbastien Tellier: «L'Incroyable vérité» (Records Makers/EMI)