«Line of Duty» détaille les guerres des polices

Une série anglaise explore les chocs entre les services des forces de l’ordre. Enrichie par une distribution à la pointe, elle ne cède pas au piège du «tous ripoux»

Genre: DVD
Qui ? Série TV créée par Jed Mercurio (dès 2012)
Titre: Line of Duty
Chez qui ? France Télévisions

Du rififi au Quai des orfèvres. L’été dernier, c’était ce spectaculaire vol de 52 kilos de cocaïne au siège de la police judiciaire parisienne. Cette semaine, les soucis sont venus de la mise en examen du chef de la PJ lui-même, pour une complexe affaire de fuites en direction des services de renseignement. La vénérable maison poulaga tremble sur ses modestes fondations. Dans ce contexte, voir Line of Duty prend une coloration supplémentaire. Certes, on est loin des flics parisiens et de leur mythologie bourrue. Avec Line of Duty, on est même dans une quintessence de fiction (et de série TV) britannique. Mais il est question de faille chez les forces de l’ordre, de guerre des polices, ce qui trouve écho dans l’actualité.

La première saison de cette série BBC démarre par une opération contre un terroriste présumé, qui tourne au drame. Un honnête père de famille est tué par les policiers. Steve, l’un des rouages de cette action ratée, quitte son service et rejoint la cellule anti-corruption. Où son supérieur, Hastings (Adrian Dunbar, vu dans Ashes to Ashes et Meurtres au paradis), ouvre une enquête sur le flic le plus populaire du moment. Tony Gates vient de recevoir le prix du meilleur policier, grâce à ses résultats.

Toutes puissantes, les statistiques nourrissent les deux versants de cette récompense. D’un côté, la fierté de l’équipe et des hauts gradés (le chef est incarné par Paul Higgins, figure de la série Utopia, LT du 22.11.2014). De l’autre, le doute: y a-t-il manipulation des chiffres? Hastings en est convaincu. La suspicion va à la fois s’élargir puis s’aggraver. Tony a peut-être profité de financements douteux de sa maîtresse, aurait-il lui-même des liens avec le crime organisé?

La première saison de Line of Duty suit un tempo fort, au service d’une tension modulée avec élégance. La deuxième a un démarrage plus méticuleux, autour du transfert d’un témoin protégé, le convoi tombant dans une embuscade. La mécanique est semblable, le ton plus resserré. La richesse du feuilleton, qui aura au moins quatre saisons de cinq ou six épisodes, vient de cette écriture tenue et pourtant variée.

Cas rare, le scénariste Jed Mercurio, déjà auteur d’une fiction médicale, tient la barre de chaque épisode. Il est appuyé par des producteurs rompus et une distribution qui a un air de best of britannique. Et si la promotion de la série a mis en avant les avis et les conseils de policiers dont s’est nourri l’auteur, ce réalisme n’étouffe nullement la tension, les contradictions et les conflits des personnages.

Jed Mercurio ne cède jamais à un «tous ripoux» qui serait aussi tentant que poujadiste dans un tel créneau. Il se garde de caricaturer l’un ou l’autre des camps. Il les rapproche même au besoin. Car ses guerres des polices sont bien mises au service de son drame, assumé. Les motifs de déraillement des policiers, les raisons qui font passer de l’autre côté, se détaillent et se renforcent dans leur crédibilité. Ces dérapages s’insèrent dans un dispositif de thriller classique, tenu.

Il y a de la friture sur la ligne policière, dans la réelle PJ parisienne comme dans cette ville non précisée d’Irlande du nord. Mais là, on quitte les bœuf-carottes et leurs nappes carrelées blanc-rouge.