Alors qu’aux Etats-Unis et en Europe les manifestations contre les violences policières et le racisme se multiplient, deux ouvrages importants, parus en début d’année, entrent en résonance avec ce mouvement. Tous deux relèvent de l’enquête sociologique, mais ils sont d’un abord facile, écrits sur le mode du récit, captivants et éprouvants aussi, par la dureté des réalités qu’ils décrivent de l’intérieur. Avec une approche et un style très différents, ils offrent, à chaque fois, le regard engagé de l’auteur.

Mort d’un voyageur, de Didier Fassin, enquête sur un cas particulier d’intervention policière, en France. L’Art de fuir, qui résulte d’une immersion de plusieurs années dans une banlieue noire de Philadelphie, dessine une sorte de fresque sociale. Les deux livres illustrent, chacun à sa façon, l’échec de la répression et la spirale de criminalité, de marginalisation et de paranoïa qu’elle engendre. Et ils font entendre une parole qui est, le plus souvent, inaudible pour le système judiciaire.