Cela ressemble à une sonnerie de téléphone portable: des haut-parleurs s'échappe une série de «beep» uniformes, dépourvus de toute accentuation et mis bout à bout pour former quelque improbable mélodie. Entre cet enregistrement de 1957, point de départ de la musique générée par ordinateur et les balbutiements de la téléphonie mobile, la comparaison n'est peut-être pas totalement fortuite. Car c'est au sein des laboratoires de télécommunications américains que s'écrivirent les premières pages d'un art résolument moderne, appelé à supplanter de nos jours l'emploi des synthétiseurs.

De passage à Lausanne jeudi dernier pour présenter «White Noise, Musique informatique 1957-2000», Gerald Bennett offre au public suisse une plongée passionnante au cœur de la musique informatique. Entre conférence, audition publique et performance live, le spectacle que présente le compositeur américain, membre fondateur du Centre Suisse de Musique Informatique (CSMI), s'attache à retracer de manière didactique quelques jalons essentiels de la création musicale contemporaine.

Générateur de sons, prolongement d'un instrument acoustique ou outil de transformation du son enregistré, l'ordinateur apparaît tour à tour comme l'instrument unique d'une création originale, ou le complice irrévérencieux des instruments traditionnels. Saxophoniste et membre fondateur du CSMI, Bruno Spoerri illustre cet emploi de l'informatique par Not What it seems to Be (1998), une pièce dans laquelle l'ordinateur, relié au saxophone accompagne et transforme en direct les sons produits par le musicien en scène. Un langage musical interactif réitéré par Widerspiel (1998) de Martin Neukom, qui confronte l'alto de Charlotte Hug avec son double retravaillé par ordinateur.

Outre ces œuvres exécutées en direct, la soirée «White Noise» donne à entendre le travail enregistré de Gerald Bennett et de Rainer Boesch, ainsi que celui de quelques pères fondateurs d'une musique certes difficile d'accès, mais aux richesses insoupçonnées. Une belle opération de visibilité pour le CSMI, dont les recherches et enseignements demeurent encore fort méconnus du grand public.

White Noise, ce soir à la Migros-Hochhaus de la Limmatplatz à Zurich dès 20h, et jeudi 13 à la Kornhaus de Berne dès 20h (tél. 01/277 20 83).