En 1598, un moine espagnol arrive à Rome après deux ans de voyage. Il a été envoyé par sa congrégation pour parfaire ses connaissances en Inquisition. Il semble pourtant que son pays n’ait rien à envier en matière de sévices et d’interrogatoires. C’est aussi l’avis du moine: chauvin, il regarde avec méfiance ces Romains trop élégants. Mais il est ébloui par les fastes du Saint-Office, et les conditions de vie confortables de ses maîtres ont raison de ses réticences. Il est chargé d’apporter une réponse à la question qui hante ses supérieurs espagnols: comment être sûr de la sincérité des convertis, comment démasquer les imposteurs qui cèdent sous la torture? L’apprenti passera trois années fécondes à l’ombre du Saint-Siège. Il apprendra beaucoup au contact de ces prélats onctueux et consciencieux. Au nord de l’Europe, la Réforme exerce ses ravages, mais depuis le Concile de Trente, les fidèles sont fixés sur les dogmes et les pratiques de la vraie foi. Quant aux hérétiques, le bûcher seul les sauvera des flammes éternelles. L’Espagnol est un élève assidu et convaincu.

Le soleil au centre de l’univers

Un prisonnier toutefois fera vaciller ses certitudes: Giordano Bruno, dominicain et philosophe, un hérétique qui met le soleil au centre de l’univers et ne croit pas en la divinité de Jésus. La résistance de cet homme jusque sur le bûcher, en 1600, aura raison de la foi aveugle du jeune moine. Il renonce à sa mission, à son ordre et à ses avantages, et s’exile à Genève, «en Helvétie», où il vit en copiste. C’est là qu’il rédige sa confession.

Sándor Márai (1900-1989), lui aussi, vit en exil – en Italie – quand il écrit La Nuit du bûcher en 1974. Le Hongrois a connu le fascisme entre-deux-guerres, le communisme dès 1944, puis l’exil. Ses livres seront interdits dans son pays. Comment ne pas voir dans la description – parfois teintée d’un humour sombre – des méthodes de l’Inquisition – délation, appel à l’autocritique, tortures physiques et morales – une mise en cause des régimes totalitaires, et dans la résistance de Giordano Bruno, une incitation à la liberté de pensée?

GENRE Roman

AUTEUR Sándor Márai

TITRE La Nuit du bûcher

TRADUCTION du hongrois par Catherine Fay

EDITEUR Albin Michel

PAGES 258

ETOILES ***