Pop. Air. Pocket Symphony. (Aircheology/Virgin-EMI)

Catapultons Pocket Symphony dans le passé et posons-nous tout d'abord une question capitale: est-ce que cet album (le quatrième du duo versaillais composé de Nicolas Godin et Jean Benoît Dun­ckel) aurait pu, comme l'a fait Moon Safari voilà dix ans, s'imposer sur la scène mondiale et étaler une couche d'intelligence au mouvement autrement plutôt frivole de la french touch? Aurait-il poussé Sofia Coppola à colorer son sublime Virgin Suicide des mélodies mélancoliques de Air, et contribué ainsi à renforcer le culte pour ce groupe? La réponse, n'en doutons pas, est non. Car, avec Pocket Symphony, Air côtoie l'échec artistique, la panne d'inspiration, la redite ennuyeuse et, enfin, le vertige de la vacuité.

Cette chute n'est pas à vrai dire une surprise. On l'attendait presque, tant Nicolas Godin et Jean Benoît Dunckel nous ont habitués par le passé à flirter dangereusement avec des compositions dont l'élégance de l'habillage cachait mal l'inconsistance du fond. Mais les doutes du passé (suscités en particulier par le très inégal 10 000 Hz Legend en 2001) ont aujourd'hui une texture et une constance qui sapent en profondeur la tenue de Pocket Symphony.

Qu'est-ce qui a changé depuis les débuts tonitruants, depuis le mini-album Premiers Symptômes et Moon Safari? Pas grand-chose: comme dans Talkie Walkie (2004), Air ne cite que brièvement les sons eightees qui coulaient autrefois avec une douceur hypnotique. Ces nouvelles douze chansons demeurent écartées du rayon vintage, elles ont une modernité insufflée par l'incontournable producteur Nigel Godrich. Mais cet effet de façade ne suffit pas. Au fond, il ne sert qu'à modifier les détails et garder intacte une esthétique et un univers artistique immédiatement reconnaissables.

Mais la charpente, elle, vacille terriblement. Et le piano, omniprésent, y est pour beaucoup, avec ses arpèges mièvres et sirupeux («Once Upun A Time») ou encore avec ses accords prévisibles répétés à l'ennui («Mayfair Song», «Mer Du Japon», «Redhead Girl» ou l'insupportable «Lost Message»). A cela il faut encore ajouter une guitare toujours inoffensive voire diaphane («Space Maker», «Left Bank»…) pour que le naufrage soit presque complet.

Presque. Pour dire toute la déception que suscite Pocket Symphony manquent encore à l'appel deux éléments cruciaux. L'exotisme extrême-oriental, d'abord. Annoncé à la veille de la sortie de l'album, il n'y apparaît que de manière très anecdotique: une touche de koto (sorte de harpe japonaise) par-ci, une autre de shamisen (instrument à trois cordes) par-là, voilà de quoi justifier les leçons d'un maître d'Okinawa à l'apprenti Godin.

Passons, il y a pire. Il y a la voix de Jarvis Cocker (inoubliable meneur de Pulp), invitée à faire de la paraphrase dans une comptine en forme d'hymne au vide («One Hell of A Party»). Il y a aussi celle de Neil Hannon, de Divine Comedy, qui a toujours époustouflé pour son souffle, dont le lyrisme est ici réduit ici à la plainte sottovoce («Somewhere Between Waking and Sleeping»). De quoi nourrir les discothèques des hôtesses de l'air. De quoi calmer les voyageurs en attente du décollage. Pas davantage.

En concert au Fris-son de Fribourg, sa 24 mars à 20h. Rens. http://www.fri-son.ch