Affaire de contraste? Face aux incontournables de la semaine (Invictus, Mr. Nobody, The Dust of Time), qui brassent politique, histoire et sens de la vie, Turistas fait le plus grand bien. Sans tirer des conclusions hâtives, on y constate tout de même qu’à l’encontre d’une propension très masculine au «grand sujet», traité de manière spectaculaire, mélodramatique ou cérébrale, un certain cinéma féminin tend plutôt à privilégier le «petit sujet» et même la «petite forme», s’employant à traquer des sentiments impalpables de manière sensitive/intuitive. Et cela peut être tout aussi gratifiant!

Dernière trouvaille de Trigon Film (en fait déjà soutenu en amont par le fonds Visions Sud-Est), Turistas a beau être un film chilien, il dialogue ainsi avec toute une internationale féminine qui comprendrait l’Argentine Lucrecia Martel (La Ciénaga), la Japonaise Naomi Kawase (La Forêt de Mogari) et l’Américaine Kelly Reichardt (Old Joy). Des films où le scénario ne prime jamais sur l’acteur ou le paysage, ni la métaphore et le sens final sur les impressions du moment.

Cinéma post-féministe

Exemplaire de ce cinéma du vague à l’âme post-féministe, le deuxième film d’Alicia Scherson, née à Santiago en 1974, formée à Cuba et aux Etats-Unis, confirme la bonne impression laissée par Play (2005) – premier opus resté inédit en Suisse mais montré au festival Filmar. Fidèle à son équipe, la cinéaste en reprend aussi l’esthétique colorée de la vidéo HD et le schéma d’une dérive à la tonalité incertaine, ni drame ni comédie. Par contre le décor passe de la ville à la campagne, où la cinéaste transpose ses chers citadins insatisfaits.

Carla et Joel, la fin de la trentaine, sont en route pour des vacances balnéaires lorsqu’elle lui annonce qu’elle a avorté en secret, ne se sentant «pas prête». Fâché, il la largue en pleine nature et ne répond pas à ses appels. En tentant de rentrer en stop à Santiago, Carla se retrouve en compagnie d’Ulrik, un jeune «Norvégien» qui la convainc de venir camper dans le parc national de Siete Tazas. Ajoutant à sa confusion, le responsable de ce dernier lui rappelle un chanteur autrefois connu tandis que ses employées sont deux étranges cousines nommées Susana…

Le charme du pur moment

A partir de là, tout l’art de la cinéaste réside dans sa manière de donner l’impression de capter de purs moments: montage de tente, nuit en forêt, bain de boue, découverte d’une chute d’eau claire ou d’une autoroute en construction, ponctués de discussions et de timides approches plus intimes. Des presque riens amusants ou inquiétants, où transparaît la difficulté à être soi-même et notre fatal éloignement de la nature.

Sorte de «fiancée errante», un peu empotée et sûre de rien (sa réponse favorite semble être «oui, non… je ne sais pas»), Clara (campée par la captivante Aline Kuppenheim) fait en tout cas une protagoniste drôlement attachante. De même l’habillage sonore du film enchante entre sa profusion de sons naturels et un subtil électro-folk. Rien à dire, Turistas, comme le lui ont reproché certains? Peut-être, mais avec tellement de style!

Turistas, d’Alicia Scherson (Chili 2009), avec Aline Kuppenheim, Marcelo Alonso, Diego Noguera, Pablo Ausensi, Viviana Herrera, Sofía Géldrez. 1h44.