Echo. Bernard Cosey. Ed. Daniel Maghen, 232 p. Env. 94 fr.

Le livre est sobre et somptueux, avec son beau papier épais, dont le grain rugueux sous le doigt fait penser à du papier à dessin. C'est un écrin digne du travail de Bernard Cosey, dont Echo retrace une émouvante rétrospective, insistant sur les coulisses, esquisses, croquis et projets. Une somme commentée par Cosey lui-même, avec de courts textes manuscrits, au crayon, comme si on pénétrait dans l'intimité de ses notes personnelles. Cosey, c'est un dessin «d'une rare limpidité», «une gamme de couleurs d'une savante limpidité», une histoire «toujours subtilement construite», un regard «à l'insatiable curiosité» posé sur le monde, comme le dit en préface, avec justesse et peu de mots, André Juillard (dont Maghen avait publié le vite épuisé Entracte, dans la même veine, qui vient d'être réédité).

Le dessin d'observation «manque dans la BD», écrit Cosey, en regard de quelques croquis sur le vif, «c'est plus vivant, plus beau, mais on ne dispose pas d'un modèle à chaque instant». «Ce sont des exercices», nous précise-t-il en commentant quelques croquis d'un style très différent, des paysages surtout, sans le trait, le cerne propre à la bande dessinée, «mais je les estime d'une qualité supérieure à mes planches, parce que c'est de l'observation, et cela me rend heureux. Cela permet d'enrichir son vocabulaire visuel, pour sortir des clichés et des trucs qui viennent si vite en BD.» A propos de recherches de personnages, sur leur physique aussi bien que leurs sentiments, il s'inspire de ses amis ou de lui-même (on sait que Jonathan lui ressemble), pour leur donner de l'épaisseur et éviter «les clones de héros connus». Il puise aussi dans la littérature, la peinture, la musique, dont il s'inspire beaucoup, et qu'il cite volontiers: «J'aime partager, et j'apprécie quand un auteur cite ses sources, ce qui permet des découvertes. Je lis beaucoup de littérature, américaine surtout (la française me décourage). Je suis convaincu qu'une bonne fiction est l'approche la plus pertinente de la réalité, quand elle propose un regard nouveau sur quelque chose que nous avons toujours ressenti et nous le fait comprendre.» C'est sans doute pour ça que les œuvres de Cosey touchent tant.