Critique: Benoît Capt en récital à Genève

L’introspection faite voix

Se mesurer au Chant du cygne de Schubert, ce n’est pas donné à tous. Le baryton genevois Benoît Capt l’a osé, dimanche au Conservatoire de Genève. Le jeune chanteur, qui se produit régulièrement à l’Opéra de Lausanne (il y campera à nouveau Papageno dans La flûte enchantée , en juin prochain), a été chaleureusement applaudi après un programme pour le moins exigeant.

En préambule, le musicologue Pierre Michot a introduit l’œuvre avec science et tact, agrémentée d’exemples musicaux joués par le pianiste Phillip Moll. Comme il ne s’agit pas d’un cycle à proprement parler (les poèmes ont été réunis sous le titre Schwanengesang par l’éditeur de Schubert peu après sa mort), Benoît Capt a eu l’idée de départager le recueil en deux: d’abord les lieder écrits sur des poèmes de Ludwig Rellstab, puis ceux de Heinrich Heine (joués dans l’ordre de publication de ce dernier) à la fin de la deuxième partie. Il y ajoute des extraits de l’Opus 32 de Brahms (très beaux) et le rare Liederkreis Opus 24 de Schumann.

Benoît Capt se distingue par son naturel et sa grande honnêteté musicale. Une fois chauffé (il semble un peu sur ses gardes au départ), le baryton développe un timbre chaud, bien posé. Il ne fait pas de gestes ni de grimaces inutiles. Il se concentre sur la ligne musicale, attentif au legato et au sens des mots sans jamais leur jeter un sort. Et sa diction en allemand est globalement très bonne.

Le jeune baryton parvient à faire vivre les lieder au ton introspectif, à en traduire les doutes et les questionnements. Il réserve de beaux moments au fil du cycle de Schumann et dans Schubert (In der Ferne, Abschied, Die Stadt, Ihr Bild…). Il se montre le plus émouvant lorsqu’il mêle sobriété et intensité. On peut regretter toutefois que l’éventail de couleurs vocales et de nuances soit un peu restreint, surtout pour les lieder à l’influx dramatique. Le baryton se heurte à ses limites dans une mélodie comme Der Strom, der neben mir verrauschte de Brahms .

Il faut dire que l’équilibre avec le piano (un peu fort) n’est pas toujours idéal. Phillip Moll fait preuve de tempérament, mais il pourrait se montre plus subtil et nuancé afin d’épouser les caractéristiques vocales de son partenaire. On relève par ailleurs certaines notes un peu détimbrées dans le haut du spectre chez le baryton, notamment lorsqu’il veut donner du volume (pour rivaliser avec le piano?). Pas facile de trouver la juste mesure entre la voix et l’accompagnement. Il n’empêche: Benoît Capt a des affinités avec l’art du lied.