Patrick Lapp a fait les grandes heures de la scène et de la radio suisses romandes. Il a fallu attendre Lionel Baier pour que son talent s’épanouisse en 2013 sur grand écran, avec Les Grandes Ondes (à l’Ouest). Aujourd’hui le wonderboy du cinéma suisse offre au comédien son premier rôle principal dans un impromptu doux-amer, La Vanité, projeté sur la Piazza Grande.

Un soir de Noël, David Miller (Lapp donc), architecte retraité, prend une chambre dans un motel décati. Au-dessus du lit trône une reproduction des Ambassadeurs, de Holbein le jeune, emblématique des vanités, ces tableaux rappelant que la vie est éphémère. Le radiateur goutte comme une clepsydre. Une draperie pourpre semble ouvrir sur cette scène invisible qu’est l’au-delà.

Atteint d’un cancer, David est là pour mourir. Esperanza (Carmen Maura), de l’association de suicide assisté, le rejoint avec les produits létaux. Mais le témoin, le fils de David, se défile. Ils sont obligés de demander à l’occupant de la chambre d’à côté de le remplacer: il s’appelle Tréplev et se prostitue. La nuit sera longue à venir demain pour ces trois-là.

Lionel Baier propose une méditation pleine de légèreté sur la vie et la mort. Le destin de David se confond avec celui de son époque. Pendant les Trente Glorieuses, il a dessiné ces motels futuristes qui tombent aujourd’hui en ruine à l’angle des faubourgs. Des bouts documentaires retracent le temps où l’on bâtissait l’avenir.

Beau comme un pinson

Chostakovitch hante la bande-son. L’ironie fuse (il y a un congrès sur le développement durable en ville) et la mélancolie s’infuse – David n’a pas su aimer son fils, Esperanza a perdu son mari, les jours anciens ne reviendront pas. Le langage étincelle: «J’ai été très clair avec Claire», affirme David, tandis que Tréplev le Russe malmène les comparaisons de «doux comme un mouton» à «beau comme un pinson»… La mise en scène est irréprochable, l’image inventive – voir ce sac en plastique flottant tel un fantôme dans le vent.

L’apaisement des souffrances terrestres passe par une dernière virée dans les rues hivernales de Lausanne illuminées par l’Avent et cette rencontre d’un onirisme trompeur entre un petit garçon au balcon échangeant trois mots avec le «commis du Père Noël». Après avoir vu La Vanité, on a envie de proposer une nouvelle paraphrase pour «mourir»: donner son bonnet à un bonhomme de neige…