Lionel Bovier dirigera le Mamco dès janvier 2016

Nomination Le directeur des Editions JRP|Ringier succédera à Christian Bernard

Le nom du Genevois circulait beaucoup

C’est une confirmation qui a tardé. Sur la page Facebook de Lionel Bovier, depuis quelque temps déjà, un poisson rouge la bouche en cœur prônait un silence révélateur de la discrétion du directeur des Editions JRP|Ringier sur sa candidature à la direction du Mamco de Genève. Son nom circulait pourtant depuis le début de l’année, quelques médias s’étaient même autorisés à le glisser à leurs lecteurs, et pourtant le calendrier promis pour la succession de Christian Bernard à la direction du Musée d’art moderne et contemporain n’a cessé d’échapper aux attentes. Il a été question de janvier, de Pâques. C’est finalement le 1er juillet que la Fondation du Musée d’art moderne et contemporain (Fondamco) a dévoilé qui sera le second directeur du Mamco depuis sa création il y a vingt ans.

Lionel Bovier, 45 ans, sera donc le patron à partir de janvier 2016 (lire son portrait dans Le Samedi Culturel du 11 avril). Un choix judicieux et susceptible d’ouvrir le musée à de nouvelles perspectives. Il assied une personnalité qui connaît bien la scène artistique suisse et entretient depuis longtemps un solide réseau international d’artistes et de curateurs. Réseau dans lequel on compte notamment Christophe Chérix, responsable du département des œuvres imprimées et des livres illustrés au MoMA de New York, et le comité de la foire Art Basel dont JRP|Ringier, sa maison d’édition, produit chaque année le livre de référence.

Pour Lionel Bovier cette nomination représente aussi un retour à la maison. Historien de l’art licencié de l’Université de Genève, il a codirigé la galerie Forde de l’Usine, dirigé le pôle beaux-arts dans les premières années de l’ECAL de Pierre Keller, passé sept ans auprès d’Yves Aupetitallot au Magasin de Grenoble, où il a monté une vingtaine d’expositions entre 1996 et 2000. Une activité de curateur qu’il a régu­lièrement entretenue jusqu’à aujourd’hui. La dernière fois, c’était à la Kunsthalle de Berne en 2014 autour de Vern Blosum, artiste pop improbable dont l’histoire n’a retenu que les œuvres mais absolument rien de la vie.

Dès 1993, le Genevois alliait à ses activités de commissaire d’expositions celles d’éditeur. D’abord en produisant des multiples et livres d’artistes à l’enseigne de JRP, petite galerie installée à la rue des Bains. Ensuite avec JRP|Ringier au moment de son déménagement à Zurich mais en se concentrant uniquement sur la publication d’ouvrages.

Une activité éditoriale que Lionel Bovier a décidé d’arrêter. «Il ne serait pas raisonnable d’envisager de mener les deux de front, confirme-t-il au téléphone. JRP|Ringier est un travail à 200%, s’occuper d’un musée aussi.» Il réserve les grandes lignes de son programme muséal à l’automne, lors de la conférence de presse qui dévoilera ses plans.

Ce choix a été mené par une commission mise en place pour entendre les candidats. Elle réunissait trois représentants de la Ville et du canton de Genève, trois membres de la Fondation Mamco et trois experts internationaux du monde de l’art, Chris Dercon, directeur de la Tate Modern de Londres, Laurent Le Bon, président du Musée Picasso de Paris, et Enrico Lunghi, directeur du Mudam Luxembourg. On sait que Christian Bernard a assisté à une partie des entretiens du premier tour. Il n’était pas disponible pour commenter le choix de son successeur ce mercredi mais sera présent lors de la conférence de presse promise cet automne.

Une sorte de première étape de la passation de pouvoir en somme. L’actuel musée, dans l’arrangement de ses salles, avec leur nomenclature très particulière, mais aussi avec une partie de ses collections prêtées au long cours par des privés, doit beaucoup à la personnalité de celui qui l’a conçu. Nul doute que Lionel Bovier le marquera aussi de sa propre empreinte.

Andrea Bellini, directeur du Centre d’art contemporain (CAC), abrité dans le même Bâtiment d’art contemporain, n’avait, lui, aucune frilosité pour déclarer son enthousiasme. Certains reprochent au nouveau directeur son manque d’activité curatoriale? «Qu’il n’ait pas une grande expérience dans la mise sur pied d’expositions n’est pas forcément un problème. Il n’est pas formaté. Il peut inventer à partir de la situation actuelle du Mamco. Il a les connaissances pointues et l’énergie pour cela. Et puis il s’est un peu occupé de sa maison d’édition comme d’un musée sans murs, avec un vrai regard.» Andrea Bellini confie que Lionel Bovier a été le premier à lui suggérer qu’il pourrait devenir le directeur du CAC genevois. «C’est un de mes amis suisses historiques. Nous avons collaboré pour de nombreuses publications.»

Lancé depuis l’an dernier dans une série d’événements pour fêter son 20e anniversaire, le Mamco reçoit aujourd’hui près de 45 000 visiteurs, dont 20% de moins de 18 ans.

«Il s’est un peuoccupé de sa maison d’édition commed’un musée sans murs, avec un vrai regard»