Humour

Lionel Frésard dribble, feinte et marque

Le comédien romand raconte dans «Molière-Montfaucon 1-1» comment il est passé des terrains de foot aux scènes de théâtre. De l’adresse, du style et du rire

Lionel Frésard est un digne héritier de Philippe Caubère. Même mélange de réalisme et de lyrisme, même capacité à passer de l’anecdote la plus triviale à une vision sensible du métier. Et même sens du rire, un rire qui touche et libère. Bien sûr, la comparaison n’est pas vraiment raison. Comment rapprocher «Molière-Montfaucon 1-1», jolie chronique biographique concoctée par le comédien jurassien avec «Le Roman d’un acteur», vaste épopée burlesque constituée de onze épisodes de trois heures, élaborée entre 1986 et 1992 par le disciple et dissident d’Ariane Mnouchkine? Les deux solos n’ont pas la même ambition et ne connaîtront sans doute pas le même retentissement. Mais Frésard partage avec son illustre aîné ce talent de raconter un lieu et une époque à travers sa destinée. Et celui de montrer à quel point le théâtre peut parfois être éloigné de la réalité. Créé en avril dernier sur les lieux de son enfance, «Molière-Montfaucon 1-1» est déjà passé par Bulle, Yverdon et Bienne. Il sera ce jeudi aux Halles de Sierre puis ce week-end au Forum St Georges, à Delémont.


«C’est quand qu’on te voit à la télé?» «Tu connais Darius Rochebin?» «Tu montes bientôt à Paris?». Lionel Frésard est un enfant du pays. Saignelégier, pour être précis. Dans le chef-lieu des Franches-Montagne, il a d’abord été le fils du Central, bistrot fédérateur de toute une communauté, puis garçon-boucher. En parallèle, il a joué au foot, beaucoup, et a gardé pour son équipe de Montfaucon une vraie affection. Autant dire -et il le dit d’ailleurs très bien dans son one-man show – entre son origine populaire et les cours de dramaturgie d’André Steiger, le jeune homme a connu le grand saut. André Steiger? Le subtil connaisseur de Bertolt Brecht fut l’un de ses professeurs à la Spad, la section professionnelle d’art dramatique, où l’artiste a suivi ses classes d’acteur. Saignelégier-Lausanne, une poignée de kilomètres. Mais entre la vie de cafetier et la vie de comédien jouant du John Fosse, auteur nordique du silence, impossible de mesurer la distance. Et le rire naît de cette différence.

Pourtant, c’est au foot, ou presque, que Lionel s’est découvert son virus des planches. Comme à Montfaucon, il y a cinq mois de neige par année, raconte-t-il, son entraîneur, Le Chaume, troquait les crampons pour des faux-nez et montait chaque année une pièce avec son équipe. Sur la scène de l’Echandole, à Yverdon, où il s’est produit à la mi-novembre, Lionel Frésard se souvient des 63 répliques de Tony, son personnage dans «Double-mixte». Il se souvient aussi des «rires, de l’écoute, du plaisir de jouer avec les copains et des applaudissements». Le pli est pris, la conquête ne fait que commencer…


Ecrit en collaboration avec Thierry Romanens qui assure aussi la mise en scène, ce solo a ce mérite: restituer les personnages de l’enfance sans tomber dans la caricature régionaliste et évoquer la formation d’acteur sans sombrer dans une critique facile de l’exaltation artistique. Beaucoup de doigté, donc. Plus une présence aisée en scène. Et encore des trouvailles, des ressorts dramaturgiques. Gérard, l’ami imaginaire qui n’a pas la lumière à tous les étages. La cuisine sur le plateau. Le dribble de Scapin. Ou les claquettes en mode foot. Toujours ce grand écart entre avant et aujourd’hui, entre le gars du Central et le comédien érudit. Un grand écart drôle, parce qu’étonnant. Et touchant, parce que béni par Gaby, sa maman, qui a donné à Lionel sa bénédiction quand le futur acteur a préféré Molière à Montfaucon.

 

Molière-Montfaucon 1-1, le 17 déc., Théâtre-Les Halles, Sierre, 027 452 02 97, www.theatreleshalles.ch. Du 18 au 20 déc., Forum St Georges, Delémont, 032 422 50 22, www.ccrd.ch

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