Scène

Lionel Frésard, la valse vaillante de la vieillesse

Vieillir, c’est mourir un peu? Pas pour l’humoriste romand qui, dans son dernier solo comique, convoque des aînés remuants. Prochainement à l’affiche, à Neuchâtel et à Martigny

Il y a la Gaby, sa maman qui manque de souffle, mais pas de tempérament. Il y a la Pierrette, le pilier du village qui épile toutes les femmes de la région et gère la vie sociale de Montfaucon. Et il y a Firs, le domestique mythique de La cerisaie qui égrène son désarroi avec l’accent vaudois. Dans On avait dit 90… – pour 90 ans et non 90 km/h! –, Lionel Frésard croque avec finesse ses figures préférées et rend hommage au grand âge. Une vieillesse qu’il égratigne, bien sûr, humour oblige, mais dont il salue surtout la sensibilité cachée et le courage. Après Molière-Montfaucon 1-1 où il riait du contraste entre la ville et la campagne, le comédien dirigé par Thierry Romanens ajoute à ce fossé toujours présent le sujet plus mélancolique du vieillissement. Au Théâtre Benno Besson, à Yverdon, le public a beaucoup ri et un peu frémi quand Firs a parlé de «réussir sa sortie»…

Tchekhov digéré

Le pitch? Lionel Frésard retourne à Montfaucon où il a grandi pour mettre en scène La cerisaie. Dans ses valises, il a une magnifique maquette et des idées plein la tête, mais, très vite, il réalise qu’il ne peut rien faire sans la bénédiction de Pierrette. Dès lors, le solo se partage entre un résumé du texte de Tchekhov à destination de la cheffe scoute du lieu et un panorama attachant des petits vieux. Dans les deux registres, le comédien démontre son talent. Tantôt, il prend quarante ans, un souffle au cœur et beaucoup d’accent. Tantôt, il disserte avec aisance autour des notions d’abandon et d’adaptation, épine dorsale de La cerisaie. Dans les deux cas, Lionel Frésard ébouriffe avec son jeu naturel, spontané, parfois musical et même dansé.

Sa maman et Federer

La grande force de ce comédien qui a fait ses classes au Conservatoire de Lausanne dans les années 90, c’est la proximité qu’il installe avec la salle. Dès son entrée, une sympathie court dans les rangées et le public est si conquis qu’il accepte même un travail pratique en milieu de soirée. Lionel Frésard touche aussi les spectateurs avec ses incarnations sans prétention. Sa maman, par exemple, qui se trompe de télécommande ou de jour d’anniversaire. Qui rabroue ses enfants pour leur dire qu’elle les aime. Qui se lève la nuit pour regarder Federer en pensant que le champion est content de cet effort particulier… Le personnage est là, vivant, attachant, on le voit.

Comme Firs, qui traîne sa carcasse voûtée en évoquant le passé. Ou les petits vieux du home auxquels Frésard raconte La cerisaie. Ils sont tous présents, joliment animés, loin de la caricature qui les réduirait. L’art du portrait suppose de l’empathie et de la bienveillance envers le sujet? Lionel Frésard en a à volonté.


On avait dit 90…, du 25 au 28 octobre au Théâtre du Passage, à Neuchâtel; le 15 novembre au Théâtre de l’Alambic, à Martigny; du 7 au 9 février au CCRD, à Delémont; le 1er mars au CPO, à Ouchy-Lausanne.

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