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«Liquéfaction», le grand retour à la case liquide

Dans «Liquéfaction», le Vaudois Alain Freudiger imagine une apocalypse aquatique qui révèle la perte de repères d’une société acquise au «progrès». Un roman d’anticipation prenant doublé d’un essai très informé sur notre époque

Imaginez prendre un bain, décontracté du corps et de l’esprit, dans une baignoire forcément immobile, dans un joli chalet des Alpes suisses. Imaginez ensuite un torrent d’eau qui s’engouffre chez vous, arrache la baignoire et vous projette à l’extérieur, où l’inondation générale dévaste déjà tout sur son passage. Commence alors un voyage mi-homérique, mi-picaresque en baignoire mobile, bateau loufoque emporté par le courant de la «Rheuse», fleuve fictif, sous un déluge climatique bientôt planétaire.

Sorte d’Ulysse réfugié du réchauffement climatique, Baptiste Ott s’accroche à sa «Coque» et navigue sous une pluie dantesque – entre méditations, rencontres, péripéties et dangers – dans l’espoir de retrouver sa femme et son fils au bord de la Manche en France. Dans ce décor d’apocalypse aquatique, tout autour de lui n’est qu’effondrement puis, peu à peu, engloutissement. «Ce n’était pas une inondation, mais une liquéfaction de tout», constate Baptiste, aventurier voltairien lucide.