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Lire Valérie Trierweiler dans «Paris Match»

On ne peut être que frappé par la résurgence du motif de la souffrance dans les chroniques littéraires de Valérie Trierweiler

C’est tout le problème de la lecture rétrospective. A quoi pensait Valérie Trierweiler en commençant par «Il est des plaies qui ne se referment pas facilement […]» sa chronique consacrée au livre de la Finlandaise Sofi Oksanen, en mai dernier? Et faut-il y voir un signe si son dernier texte, publié ce jeudi alors que la toujours première dame est encore hospitalisée, débute ainsi: «Il n’est pire poison mortel que l’indifférence. «Le pays du lieutenant Schreiber» est l’histoire d’une réhabilitation, d’une réparation […]».

Donc il y a grossissement optique artificiel, réinterprétation a posteriori, et lecture à double sens, imposée par les portes dérobées d’une actualité «compliquée», comme disent les statuts Facebook. Mais quelle que soit l’ampleur de ces déformations, on ne peut être que frappé par la tonalité douloureuse de la plupart des chroniques de Valérie Trierweiler sur le site de Paris Match.

«Pourquoi faut-il que les plumes trempées dans une encre noire teintée de souffrances et de douleurs soient les meilleures?» écrit-elle à propos de Marc Lambon; Musset n’est pas loin. «Il faut se méfier des romans à l’eau de rose», plus prosaïquement, à propos de Margot Stedman. Des titres encore, parmi ses derniers textes: «Le bonheur impossible», «Le cœur a ses saisons». Ou encore «Une débacle sentimentale».

L’ancienne journaliste politique avait dû abandonner sa passion dès 2005 dans l’hebdomadaire du poids des mots et du choc des photos et devenir grand reporter des livres. Est-ce elle qui choisissait ceux à chroniquer? Etait-elle consciente des messages cachés délivrés des mois plus tard par ses écrits?

Il en ressort l’image d’un être à fleur de peau, empathique, passionné, fort, et sensible au poids des désastres sur les familles, les proches, bien loin de la figure dure que l’opinion française, paraît-il, n’aime pas. A la manière des critiques à la Sainte-Beuve, elle marie le réel et la fiction pour rendre compte des livres qu’elle lit, à force d’enrichir la lecture par la vie, on se dit qu’elle sait que la frontière est mince.

L’encre sauve, explique encore Valérie Trierweiler dans ses chroniques. La première dame qui était passée de l’autre côté du miroir du politique sera-t-elle tentée, quand cette désolante exhibition générale aura pris fin, de passer aussi de l’autre côté de la plume? Gratter les blessures, exposer le cœur qui bat: rien ne doit davantage faire peur au Château, sans Belle ni prince charmant aujourd’hui.

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