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L’Irlande du Nord et la haine sans violence

De la paix politique à la paix sociale, il y a un long chemin que les Irlandais peinent à parcourir. Paradoxalement, les fronts se sont radicalisés depuis les accords de paix. Mais la violence a été trop coûteuse pour que les protagonistes songent à reprendre les armes

Genre: essai
Qui ? Elise Féron
Titre: Abandonner la violence? Comment l’Irlande du Nord sort du conflit
Chez qui ? Payot, 236 p.

Q u’elle soit diplomatique ou dictée par un verdict militaire, l’issue d’un conflit armé n’est au mieux que le commencement d’une pacification des esprits et des cœurs. Pacification parfois désespérément incertaine, comme dans le conflit israélo-palestinien, mais aussi, dans d’autres cas, relativement rapide et solide. L’Amérique est sortie plus unie et plus forte de la guerre de Sécession. Quant à l’Allemagne et à la France, elles ont trouvé dans la construction européenne un creuset de réconciliation, tant au niveau des peuples que des gouvernements.

Elise Féron s’intéresse depuis longtemps à ces phases de transition, avec un intérêt particulier pour l’Irlande du Nord. Un champ d’exploration spécialement intéressant, ne serait-ce que par le bilan humain du conflit qu’il l’a saignée: avec plus 3600 morts et plus de 40 000 blessés depuis 1969, il s’agit, rapporté à une population de moins de 1,7 million de personnes, de l’un des conflits les plus sanglants de l’après-guerre. Le sang a coulé dans presque toutes les familles, rendant le pardon très difficile.

Le bilan dressé par Elise Féron, treize ans après les accords de paix, n’est guère optimiste. Les haines restent tenaces et les deux communautés, catholiques nationalistes d’un côté et protestants unionistes de l’autre, ne font que se côtoyer, dans une sorte d’apartheid mutuel. De ce point de vue, la situation est très différente des situations américaine et européenne citées ci-dessus. Une communauté de destin préexistante dans le premier cas et la nécessité d’en construire une de l’autre tranchent avec la situation nord-irlandaise, où les deux parties vivent d’idéaux et rêvent de destins radicalement différents: rattachement à l’Irlande pour les catholiques, administration britannique pour les autres.

Non seulement les accords de paix n’ont pas permis aux parties de trouver un terrain d’entente, mais, selon Elise Féron, ils ont eu pour effet de radicaliser encore davantage les positions, comme si la disparition de l’exutoire de la violence avait rendu nécessaire, dans les imaginaires collectifs, un repli encore plus fort dans les réflexes communautaristes. Le phénomène est particulièrement évident – et ce n’est vraiment pas un gage de véritable réconciliation réelle pour l’avenir – dans le domaine scolaire, strictement cloisonné. «Tout comme la famille, relève Elise Féron, et à l’exception des rares établissements multiconfessionnels, l’école maintient l’enfant dans une sorte de cocon protecteur, au sein duquel il ne peut entendre – et accepter – qu’une seule vision du monde.» Les scènes culturelles sont également cloisonnées, artistes et intellectuels s’adressant en priorité à leur propre communauté, au travers d’un langage et de symboles partisans.

La radicalisation se lit aussi sur la carte politique. Les partis modérés qui ont signé les accords de 1998 sont désormais marginalisés au profit des formations les plus radicales de chaque communauté. Quant au parti transcommunautaire Alliance, il ne recueille que 6% des voix.

Pourquoi cette radicalisation identitaire dans la «paix»? «Lorsqu’il y a guerre et défaite claire de l’un des adversaires, il semble relativement aisé de faire la paix, parce que les risques d’un nouvel embrasement sont singulièrement diminués par l’écrasement, notamment militaire. En revanche lorsque, comme c’est le cas en Irlande du Nord, un accord de paix est signé sans que l’un ou l’autre des adversaires ait emporté un succès décisif, en d’autres termes, si la paix est acquise à l’usure plutôt qu’à la victoire ou à la défaite, le risque est grand que le moindre incident ne provoque un retour au conflit.»

Les Irlandais du Nord vivent-ils donc encore sur une poudrière? Le tableau globalement sombre d’Elise Féron est sur ce point essentiel plus optimiste. L’absence de pacification sociale, l’irrédentisme d’objectifs géostratégiques antagonistes n’empêchent pas la poursuite d’un véritable processus de rejet de l’action violente, qui a coûté trop cher. Les actes terroristes continuent à ensanglanter la province, mais, malgré la haine, l’aspiration à la paix est largement majoritaire, d’autant plus que la cessation du conflit a permis une nette amélioration de la situation économique.

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Extrait

«Le désir de retrouver une vie «normale» invite à repousser à plus tard la satisfaction des idéaux politiques, et à accepter des compromis»
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