Piste

L'ironie des deux Vincent réussit à Knie

L’institution helvétique fête ses 100 ans en beauté. Côté romand, les deux Vincent plongent allègrement leurs personnages mythiques dans cette mer de talents. Nous republions cette critique de juin dernier à l'occasion de la venue du cirque à Genève

Il a toujours le cheveu gras, la face ravagée et son impayable voix de nez. Serge Jacquet, toxico lausannois et star de 120 secondes avant 26 minutes, n’a rien perdu de son côté perché. Son rôle sur la piste du plus grand cirque helvétique? Dresser un chien dans le cadre d’un stage de réinsertion. Easy. Sauf que le chien a comme un petit trouble d’identité… Les fans de Vincent Kucholl et de Vincent Veillon peuvent se rassurer. Le duo qui signe le fil rouge comique de la tournée romande du Cirque Knie n’a pas sacrifié une miette de son ironie. Qu’ils campent des employés du staff suisse alémanique, un flic local, un clown italien ou un athlète ukrainien, les deux Vincent brocardent allègrement l’univers circassien.

Ce qui n’empêche pas au rêve d’opérer avant et après. Toujours plus humaine et moins animale – seuls des chevaux, des perroquets et le «chien» de Serge Jacquet foulent la piste –, la 100e édition du Knie procure des sensations fortes à travers des artistes qui, une fois encore, tutoient les étoiles. A Neuchâtel, mardi, le public a aussi réservé une standing ovation à Fredy Knie, lorsque le patriarche a salué l’audience juché sur son superbe Frison. Tour d’honneur pour celui qui, à 73 ans, remet les clés de la maison à la septième génération.

Les animaux, reliques du passé

Le spectacle, alors? Vaut-il l’édition aérienne et féminine de l’an dernier, que venait pimenter une Marie-Thérèse Porchet transformée en Mary Poppins énervée? Knie 2019 lui ressemble dans la mesure où il privilégie les voltigeurs, contorsionnistes et autres jongleurs de folie sur les numéros, aujourd’hui dépassés, de dressage d’animaux. On l’a dit et répété: depuis la cuvée de 2016, les éléphants, sujets à des maladies, ne sont plus du voyage. L’an dernier, Franco Knie junior, préposé aux pachydermes, a réalisé avec sa femme et son fils un numéro de drones étonnant. Cette année, retour aux bêtes pour le trio, avec une colonie de perroquets aras qui sont visiblement plus colorés que faciles à dompter. Le grand moment de cette séquence? Quand les oiseaux survolent l’audience en toute liberté. Leur allure est telle qu’ils suscitent cris et rires dans l’assemblée.

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Les rires, on les retrouve bien sûr avec les deux Vincent. Lorsque l’attachant Gilles Surchat – oui, il est là aussi!- s’essaie au clown, même s’il en a une peur bleue. Ou quand Vincent Kucholl descend les travées en flic local et pointe les spectateurs assis dans les rangées. Extrait, avec l’accent neuchâtelois: «Toute la ville est là. Il y a les de Pury, les de Montmollin, les de Rougemont. Ah non, pas toute la ville, que les bourgeois!» Rires encore, et surtout, avec Serge Jacquet, le dresseur fou évoqué plus haut. Là, les substances permettent une belle montée en puissance.

Musclor couverts d’or

Sinon, c’est muscle, adresse et souplesse au programme de cette centième édition régulièrement ponctuée de photos souvenirs qui réveillent la nostalgie. Le plus beau numéro? Celui de l’Ukrainien Victor Kee et ses balles magiques qui semblent adhérer à ses mains et à son corps sans aucun effort. L’artiste, autant danseur que jongleur, livre un show si bien réglé sur la musique et si bien senti que toute trace de kitsch est balayée par la poésie.

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Le numéro le plus bluffant? Ils sont quatre à se disputer la palme. La Russe Anastasia Makeeva étourdit lorsqu’elle tombe en grand écart entre deux tissus aériens. Pareille fascination pour les sauteurs fous de la Troupe Sokolov. Juchés sur des bascules géantes, les audacieux sont envoyés dans les airs par leurs partenaires où ils multiplient saltos et périlleux arrière. Le couple Golden Dream, sorte de Musclor couverts d’or, crée aussi la sensation avec des suspensions à hauts risques sans filet de protection. Et impossible, dans le registre ébouriffant, de ne pas citer Ballance, deux autres super-costauds qui se hissent parmi à la force de leurs mains, de leur tête, de leurs mollets (si, si) et de leur dos. La force est en eux.

Trente chevaux sur la piste

Mais le hit de Knie, ce sont bien sûr les chevaux, dadas de la branche de Fredy. Guidées par le boss, par sa femme Marie-José, par sa fille Géraldine, par son gendre Maycol Errani ou par son petit-fils Ivan Frédéric, les montures déferlent en masse sur la piste – jusqu’à 30 en même temps! –, à la fois fougueuses et précises dans leurs évolutions. Une surprise lumineuse vient même mettre un supplément de feu à l’action. Feu, fougue, voltige et rires: le Knie a les 100 ans puissants.


Knie 2019. Jusqu’au 30 juin, Jeunes-Rives, Neuchâtel. A Genève du 23 août au 12 septembre. Puis une vaste tournée romande et tessinoise.

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