Comme la Suisse a ses banques et son chocolat, la petite et insulaire Islande peut vite se résumer par quelques clichés: geysers, nature sauvage et peuplade sympa, ainsi que Björk – voire Arnaldur Indriðason si on est lecteur de polar. Depuis L’Euro 2016, il s’y ajoute cette bonhomme ferveur footballistique qui a conduit 10% des 323 000 Islandais à venir soutenir leur équipe en France. Tout cela est si juste, si réducteur. Et jusqu’ici, les séries TV ne figuraient pas dans l’offre culturelle islandaise vu d’ailleurs.

En terres francophones, deux créations diffusées cet hiver, de qualité inégale, ont changé un peu cet état de fait: Meurtre au pied du volcan – qui date de 2014, mais qui a été dévoilée par Arte en janvier –, et Trapped, montrée par France 3, une première nordique pour cette chaîne.

Des précédents de qualité

Avant ces deux événements, il y a pourtant eu matière à découvertes. A noter que toutes les séries citées ici sont disponibles avec sous-titres anglais ou français. En 2007, la production islandaise faisait événement – hélas, sans trop d’échos – avec Pressa, qui ouvrait un nouveau chapitre des séries de l’île, avec un accent sur le réalisme des histoires structurant le feuilleton. Cette chronique mêlait histoires de journalistes et intrigues policières.

Une série judiciaire qui a montré l’autre Reykjavík

Deux ans plus tard, des auteurs veulent mordre dans le genre judiciaire, ce qui est souvent périlleux en dehors des Etats-Unis, où l’on y excelle. Créée par Sigurjón Kjartansson, Réttur, qui a duré deux saisons, conte l’arrivée dans une petite étude d’avocat d’un requin du milieu, doté de peu de morale et de beaucoup d’égo. Pis, il a été soupçonné de crime. La série a pour arc cette contamination du gentil bureau – l’un des associés s’oppose corps et âme au nouvel arrivant – et son souci pour les affaires courantes.

Une autre Islande se dévoile là. La Reykjavík des affaires, des omniprésentes cartes de crédit, des immenses bâtiments de bureaux en front de mer. Chaque épisode de Réttur a son enjeu juridique, et c’est la cruelle sophistication de cette société insulaire qui est révélée.

Hamarinn, renouvellement du polar en Islande

Toujours en 2009, Hamarinn (La Falaise) investit le genre policier avec une touche de fantastique. Cette première enquête commence par la chute d’un jeune homme pris dans une machine de chantier, en pleine nuit, sur le site de construction d’une ligne électrique pour laquelle il faut rogner une fameuse falaise. Une vieille dame a aperçu des lumières dans le ciel. Un garçon voit des morts, dont le fils disparu de l’inspecteur dépêché comme adjoint pour l’enquête. Entremêlement des faits criminels et du surnaturel, la combinaison est réussie.

Dans les séries plus récentes vient donc Hraunið, Meurtre au pied du volcan. Il s’agit de la deuxième livraison d’Hamarinn, avec le même personnage de policier. La promesse est grande, avec le suicide supposé d’un homme d’affaires; le résultat est passablement tiré par les cheveux.

Trapped, grande œuvre policière

A l’inverse, Trapped (Ófærð) apporte un chef-d’œuvre à la création télévisuelle islandaise. Cette série conçue par le cinéaste Baltasar Kormákur avec une grappe de scénariste, porte l’enquête en milieu restreint. Dans la baie d’une petite ville menacée par une tempête de neige, un corps est retrouvé, tombé sans doute d’un paquebot de croisière qui passe par cette étape. La météo enferme la cité, le chef de la police enferme les touristes en bloquant le navire, et chacun est enfermé dans ses secrets; tout le monde est bien piégé, «trapped».

Alors que, dans leur profusion, les feuilletons policiers ont souvent tendance à faire feu de tout bois – c’est le cas du capilotractage de Meurtre au pied du volcan –, les auteurs de Trapped jouent avec les éléments posés d’emblée, déployant leur trame avec brio. Sans conteste, cette série met en appétit pour les prochaines créations islandaises.


Nouvelles perles du nord: les précédents épisodes