«Pendant trop longtemps, on a accepté avec une certaine indifférence l'existence d'un grand trafic d'antiquités volées. Cette tolérance silencieuse est terminée.» Au lendemain de l'annonce publique par le Getty Museum de son refus de restituer 26 œuvres d'art réclamées par les autorités italiennes, le ministre des Biens culturels, Francesco Rutelli, est solennellement monté hier matin au créneau. Après avoir il y a quelques jours déjà évoqué un «embargo culturel» à l'encontre de l'institution californienne en cas d'achoppement des négociations pour la restitution de 52 pièces antiques, le responsable italien a fait part de «sa déception» et de «sa surprise» devant la position des dirigeants du musée Getty et menacé de prendre des contre-mesures. «Les ripostes peuvent être très nombreuses et éventuellement sévères», a-t-il souligné en posant une question polémique: «Un grand musée peut-il exposer des œuvres qui ont clairement été pillées?»

D'autres musées ont déjà restitué des objets litigieux

Alors que le Metropolitan de New York et le Museum of Fine Arts de Boston ont déjà restitué tous les objets litigieux, le J.Paul Getty Museum de Malibu refuse toujours de rendre la totalité des œuvres contestées. Lundi, le nouveau directeur de l'institution, nommé à l'automne 2005, Michael Brand, a ainsi choisi, à travers un fax de six pages adressé au ministre Rutelli, de défier les autorités italiennes. Il a notamment indiqué qu'une Aphrodite et le célèbre Athlète de Fano attribué au sculpteur Lysippe ne quitteront pas la Californie pour Rome. Michael Brand s'est déclaré par contre disposé à rendre immédiatement 26 œuvres antiques dont une statue d'Apollon, un fragment de fresque et des vases, mais de conserver les 26 autres, en particulier la Vénus de Morgantina et l'Athlète de Fano. Ce bronze attribué au sculpteur Lysippe aurait notamment, selon Brand, été «repêché, en 1964, dans les eaux internationales», au large de Fano, dans les Marches, et «n'appartiendrait pas à l'Italie». Ce que l'on conteste vigoureusement à Rome, rappelant que la statue a été, de toute manière, exportée clandestinement depuis l'Italie.

Et cela alors que l'ancienne responsable du département des antiquités Marion True, licenciée par le musée californien, est déjà en procès depuis plusieurs mois à Rome «accusée de commerce illégal d'antiquités». Hier, Francesco Rutelli n'a pas voulu revenir sur sa menace «d'embargo» qui se traduirait par une interruption de prêts d'œuvres d'art. En forme d'avertissement aux nouveaux dirigeants du musée californien, il s'est néanmoins présenté avec un volumineux dossier contenant, selon lui, une nouvelle liste de dizaines d'œuvres conservées à Los Angeles et dont l'origine serait douteuse.