Angel Corredera. La Confrontation. L'Aire, 130 p.

Entre les murs de la prison où il attend son procès, Samuel M. est confronté à lui-même. Et aux autres: ses codétenus qui se méfient de lui; sa famille qui a honte de lui; ses victimes, dont le souvenir le taraude. Ce jeune homme porte la responsabilité de dizaines de morts, lui qui organisait la logistique des attentats perpétrés par une «Organisation» jamais nommée. On devine vite, à quelques détails, qu'il s'agit d'ETA, le mouvement séparatiste basque. Mais l'auteur, Espagnol né en Suisse, n'a pas voulu ancrer son récit dans un contexte politique trop précis. Son héros a agi avec «inconscience et aveuglement», par soumission à l'autorité et pour satisfaire un ego débile. Quand ses explosifs tuaient et mutilaient aveuglément, il était «satisfait», comme un bon écolier. Les victimes n'avaient pas pour lui de réalité physique, peut-être les voyait-il comme il contemple, fasciné, les corps tordus des Caprices de Goya. Une fois, pourtant, il a dû considérer de près un otage, un industriel séquestré. Il a subi une sorte de «syndrome de Stockholm» inversé. Celui qui n'était qu'un ennemi de classe lui est apparu comme un homme, ce qui lui a compliqué sa vision manichéenne. Avec ce thème lourd, Angel Corredera a pris un pari qu'il tient avec cohérence.