Bi Feiyu. Trois Soeurs. Trad. de Claude Payen. Philippe Picquier, 347 p.

Né en 1964 dans la province du Jiangsu, le Chinois Bi Feiyu appartient à la génération du dégel, même si sa plume reste très amère. Ses premières gammes, il les a faites comme journaliste, puis comme poète, avant de passer au roman. Après le très mélancolique Opéra de la lune (traduit chez Picquier), voici un récit beaucoup plus sombre, plus réaliste aussi, qui se déroule pendant deux périodes décisives de l'histoire de la Chine communiste. La terrible année 1971, d'abord, lorsque, «teintée de rouge, la Révolution culturelle coulait dans les veines du pays», avec son lot de haine et de soumission. Puis l'année 1982, sur un campus de Pékin, au moment où les anciennes victimes du maoïsme retrouvèrent progressivement leur liberté, avant de faire peser d'autres interdits sur le dos de leurs enfants, hélas, «j'ai raison, j'ai toujours raison et tu as tort, tu as toujours tort». C'est dans cette société tragiquement cadenassée qu'évoluent Yumi, Yuxiu et Yuyang, trois sœurs au destin sacrifié. Si l'intrigue est un peu convenue, ce roman est un document précieux pour connaître la vie quotidienne à l'époque de la terreur.