Claude Darbellay. Le Frère. Ed. de la Nouvelle Revue neuchâteloise, 48 p.

C'est un bref récit, composé de 17 courtes séquences, qui explore les liens de la filiation et de l'identité. Des liens qui ne vont ici pas de soi, raison pour laquelle cette exploration joue sur l'impersonnalité du pronom «il» pour désigner deux personnes distinctes: le frère aîné, mort de maladie en bas âge en serrant son ours en peluche contre lui, et son cadet, qui découvre avec terreur, à 6 ans, en accompagnant son père au cimetière, ses nom et prénom gravés sur la pierre d'une tombe (une scène traumatique qu'Alain Nadaud a lui aussi récemment évoquée dans Les Années mortes). Retour en arrière: tandis que le père mitraille le cercueil de son fils comme il le photographiait vivant, la mère, inconsolable, «ne fait pas le deuil de son enfant. Elle en fait un autre. Lui donne le même prénom.» Et quitte son mari après avoir offert à son enfant, pour son premier Noël, un ours en peluche. Dense et sobre, Le Frère tourne autour de quelques motifs répétés, selon une construction serrée: le récit semble avoir été bâti sur trois fois six séquences, dont la dernière, laissée en creux, serait le gage qu'une page est vraiment tournée et que la vie a gagné.