Jolie trouvaille que ce titre, Pour l'Instant, qui réunit une cinquantaine de chroniques, petites fables au fil d'un temps fugace et fragile, si l'on en croit la nature morte symbolique de Mauro Chesa ornant la couverture du livre. Les lecteurs du Journal de Genève puis du Temps, où elles ont paru de septembre 1997 à décembre 2001, jetteront sur ce recueil un regard rétrospectif neuf. Car une chose est d'avoir goûté ces textes brefs sur le moment, chacun pris pour lui-même; et une autre de les relire comme un tout: sous le disparate qu'offre l'actualité, apparaît alors une sorte de basse continue sur laquelle l'auteur brode des variations personnelles touchant le poids des mots et le travail du temps (titre d'une chronique vénitienne, mais aussi d'un de ses recueils poétiques). Dans les colonnes d'un quotidien, il y a quelque paradoxe à célébrer, comme le fait à mi-voix François Debluë, l'ombre, le silence, la lenteur, la nuance. Mais le chroniqueur remplit exactement son contrat en ne parlant que pour lui, sans hésiter à convoquer à l'occasion la leçon d'autres écrivains tels Canetti («Défaire ses bagages»), Tolstoï («Pénombre de Tolstoï») ou Amiel («Tourner la page»).