Une œuvre d'envergure: au printemps 2000, le musée de la science-fiction d'Yverdon-les-Bains, la Maison d'Ailleurs – dont Le Temps est partenaire – est mandaté par l'Agence spatiale européenne (ESA) pour une requête des plus curieuses: chercher, au sein de l'impressionnant corpus de la littérature de science-fiction, des idées prometteuses que l'ESA soumettra ensuite à l'appréciation de ses chercheurs et ingénieurs. Le procédé est connu aux Etats-Unis mais inédit sous ces latitudes, ce qui explique sans doute le fort retentissement qu'a provoqué cette annonce (lire LT du 6 mai 2000).

Le 5 mars prochain, après un an de travail, les responsables de cette étude – la Maison d'Ailleurs et la fondation Ours, qui organise des colloques sur la science-fiction – remettront leur rapport à l'Agence. Soit plus de 200 notes sur des techniques ou des trouvailles intéressantes pêchées dans des livres, des films ou des bandes dessinées, assorties de plusieurs études thématiques. Ce travail impressionnant a été mené par 15 limiers littéraires épaulés par quelque 200 correspondants d'Europe, des Etats-Unis et d'Amérique du Sud, via une liste de diffusion sur Internet.

Certains résultats étonneront peut-être l'ESA. Certes, l'imaginaire SF a conçu ou anticipé bien des inventions «sérieuses», c'est-à-dire crédibles. Les enquêteurs ont dû néanmoins écarter de nombreuses innovations fantaisistes, non justifiées par leur créateur, genre «la kriptonite, matériau fabuleux qui résiste à tout». Et surtout, même si les œuvres fourmillent de gadgets technologiques en tout genre, une vue en gros plan montre qu'ils ne constituent pas l'intérêt principal des auteurs.

«La SF ne donne pas de modes d'emploi, elle traite plus souvent du changement social provoqué par les technologies», explique Patrick Gyger, directeur de la Maison d'Ailleurs. Plutôt que d'expliquer en détail le fonctionnement d'un vaisseau spatial, l'écrivain se préoccupera davantage des relations humaines à bord ou des effets provoqués par un voyage qui dure cinq ans. En outre, remarque le conservateur, les scientifiques eux-mêmes trouvent une certaine familiarité de pensée avec cette littérature: «Par exemple, dans les années 50 et 60, la SF a provoqué un désir d'espace qui légitimait la conquête spatiale dans l'opinion publique.»

Cela dit, le genre n'en regorge pas moins de pistes possibles pour un futur marqué par la science et les technologies. Voici quelques-uns de ces chantiers, peut-être pas les plus rigoureusement scientifiques, extraits parmi tant d'autres…

Signalons qu'à la Maison d'Ailleurs, l'exposition «Autres… et si nous n'étions pas seuls dans l'univers?» est prolongée jusqu'au 18 mars. Place Pestalozzi 14, Yverdon-les-Bains, me-di 14-18 h, tél. 024/425 64 38, www.ailleurs.ch