G.-O. Châteaureynaud. Singe savant tabassé par deux clowns. Grasset, 370 p.

Même s'il a écrit sept romans (dont La Faculté des songes, Prix Renaudot 1982), Georges-Olivier Châteaureynaud est avant tout un maître de la nouvelle, entre réalisme et fantastique. Comme dans Le Jardin dans l'île (récemment réédité en poche chez Zulma), la frontière qui sépare l'usure du quotidien de l'enchantement de l'ailleurs est mince, et c'est souvent de paradis perdus qu'il s'agit dans ce livre qui a reçu la Bourse Goncourt de la nouvelle: voyez ainsi la première ou la très belle nouvelle finale dans laquelle le chauffeur de taxi Moë finit par renoncer à retrouver «la rue Douce», inconnue au cadastre, où il a connu le vrai goût de la vie. Châteaureynaud sait varier le climat onirique, cruel ou tendre, de ses récits ainsi que leur chute, explicite ou non, abrupte ou suspendue: à chacun de conclure l'histoire du petit producteur raté qui rêve de filmer «les sœurs Ténèbre» ou celle du l'homme d'«Ecorcheville» à qui une Gitane vient de prédire qu'il lui restait moins d'une semaine à vivre… Les titres aussi sont souvent mystérieux, comme «Tigres adultes et petits chiens», où il n'est nullement question d'animaux mais d'une redoutable séductrice.