L'écrivain belge Hugo Claus, considéré comme le plus polyvalent et productif de la littérature néerlandophone du XXe siècle, développe dans ces trois histoires ses thèmes de prédilection: les liens œdipiens destructeurs, l'obsession religieuse, l'empêchement de tout amour heureux, le jeu délirant entre la pensée et le langage. Dans «Le dernier lit» (Het laatste Bed, 1998), deux jeunes amantes célèbrent, dans un hôtel au bord de la mer, leur suicide programmé qui tourne en horrible bain de sang, parce que les petites pilules mortelles ont provoqué autre chose que ce qu'elles attendaient. «Une somnambulation» (Een Slaapwandeling, 2000) nous plonge dans le rêve d'un homme que les souvenirs et les désirs frustrés envahissent dans un désordre maléfique, surréaliste: les situations grotesques engendrent «des mots bizarres», «des mots endommagés», car chacun ici est «entièrement livré à la langue et au hasard». Mais la plus démentielle distorsion du langage est celle qui accable et illumine sœur Mechtilde, dans «La tentation» (De Verzœking, 1980): Dieu? «j'nel'trouve pas, plus coupable vu de près, avec des pustules et des «stréniles» striures dans mon corps laid […].»