Jacques Moulin. Escorter la mer. Empreintes, 104 p.

«Je reviens au creux du Caux comme aux lisières d'amour»: il y a des poètes d'un paysage unique. Jacques Moulin a déjà consacré plusieurs recueils à sa contrée d'origine, sur la côte normande. Le pays de Caux dicte ici une poétique: phrases à l'âcre parfum de varech, picotées d'embruns et de genêts; pages qui brassent les mots en un mouvement dansant et chaotique, comme le ressac vient tourbillonner dans les criques ou fait crisser les galets. La syntaxe, tantôt compacte et tendue, tantôt défaite, brouillée, effilochée, orale, avec parfois de chantantes tournures régionales, compose des proses ou poèmes mouvants, métissés, où surgit un espace intime habité de mémoire, de désirs, de saveurs et de douleur. «Faut tout caser du pays de Caux faire une suite. J'oublie la pomme et puis le lait j'oublie c'est sûr peux pas toujours énumérer. Je suis Cauchois j'essaie pas le choix je prends tout le Caux tout ça qui vient je retiens tout.». Voici un poète qui nous offre l'étourdissante sauvagerie côtière, le fracas, l'affrontement, avec pour répondants les falaises et le phare.