Jean Rolin. Terminal Frigo. P.O.L, 252 p.

Après ses explorations de la banlieue de Paris dans Zones (Gallimard, 1995) ou de sa périphérie nord peuplée de prostituées, requérants d'asile et SDF divers, de l'anachorète au ferrailleur dans La Clôture (P.O.L, 2002), Jean Rolin entreprend une nouvelle tournée dans ces lieux entre deux mondes qu'il affectionne: ici, les zones portuaires et les chantiers navals du nord au sud de l'Hexagone. Le Havre, Dunkerque, Calais, Saint-Nazaire, Marseille, autant d'étapes où le chemin du voyageur croise celui d'intérimaires, de dockers, de syndicalistes ou de clandestins qu'il observe en se souvenant de son passé militant. Terminal Frigo, le titre dit assez la mort annoncée de cet univers. L'auteur, qui semble avoir rêvé d'être marin, s'implique dans ce mélange inédit de carnet intime et de reportage social qu'il mène sur fond de canicule. Par exemple en nous révélant la part familiale d'héroïsme cachée dans l'énigme de la défaillance d'un des deux remorqueurs (mais lequel?) du cuirassé Jean-Bart, attaqué en juin 1940 par l'aviation allemande et qui réussit néanmoins à gagner Casablanca. Une anecdote peut-être, mais significative de la manière à la fois aiguë et nonchalante de l'écrivain.