Kaye Gibbons. Les Clairvoyantes. Trad. de Mona de Pracontal. Bourgois, 258 p.

Les femmes, chez Kaye Gibbons, sont infiniment plus sages, généreuses, courageuses que les hommes; bref, elles sont Les Clairvoyantes (Divining Women). Quand ils ne sont pas de charmants bourgeois libéraux, cultivés mais falots, les mâles trompent leurs épouses et se réfugient derrière leur droit divin. Le pire d'entre eux est ce Troop, riche homme d'affaires tordu par une mère abusive (il y a des exceptions à la perfection féminine). Il se venge sur sa jeune femme qu'il a choisie de condition modeste pour mieux l'humilier. Ses bouquets de roses quotidiens sont autant de gifles dont elle est tenue de le remercier. En ce début de XXe siècle, l'Amérique urbaine sent les effets du conflit européen: des jeunes soldats meurent dans les tranchées, la grippe espagnole étend ses ravages au Nouveau Monde, tue les démunis. La misère, l'injustice sociale, les conflits raciaux sont à la porte des riches demeures. Pour affirmer la primauté de la vie sur le climat mortifère engendré par Troop et ses semblables, on peut compter sur les femmes. Kaye Gibbons dessine leurs chemins d'émancipation avec conviction sans résister à la tentation de trop souligner ses intentions.