Leonardo Sciascia. Noir sur noir. Trad. de Nino Frank et Corinne Lucas revue par Mario Fusco. Fayard, 320 p.

Ce journal irrégulièrement tenu par Leonardo Sciascia entre 1969 et 1979 faisait partie du tome II de ses Œuvres complètes. Sa réédition permet de vérifier la justesse du style maigre et concis que l'écrivain sicilien s'était choisi, en réaction au goût baroque s de ses concitoyens. Noir sur noir (Nero su nero, Adelphi), ce titre se veut «une sorte de riposte parodique à l'accusation de pessimisme qu'on m'adresse d'ordinaire: l'écriture, en noir, sur la page noire de la réalité». Pas d'événements personnels ou privés ici, hormis quelques voyages ou des rencontres marquantes. Il s'agit plutôt d'un journal intellectuel qui témoigne des nombreuses lectures de son auteur. Grand amateur des classiques français, Sciascia cite autant Montaigne, La Bruyère, Diderot, Voltaire et son cher Stendhal que les auteurs italiens: Manzoni, Verga, Pirandello. Parfois développées mais souvent lapidaires, et d'autant plus savoureuses («Des crétins extrêmement intelligents. C'est apparemment impossible: pourtant il y en a»), ces notes sont celles d'un moraliste, soucieux de justice et de vérité.