Matthias Zschokke. Max. Trad. de Gilbert Musy. Zoé, 178 p.

Une réédition bienvenue permet aux lecteurs de redécouvrir Max, le premier roman de Matthias Zschokke, pour lequel l'auteur obtient en 1981 le Prix Robert-Walser. C'est un livre fascinant comme une capricieuse comédie. Il met en scène un narrateur et son personnage, un «alter ego» obsédant prénommé Max, qui sans cesse se dérobe à l'écriture et ne veut entrer vraiment dans aucun rôle. Simples ballons d'essai, les énoncés qui le concernent sont à chaque instant révocables. Et pourtant, même s'il déclare qu'il «n'a pas sa place dans le langage écrit», Max peu à peu s'incruste. Paradoxalement, six derniers chapitres, tous différents, imposent sa présence. Parce que les pensées et les sentiments dont il procède, l'imagination et les idées qui le portent, l'esprit critique qu'il exerce à l'endroit de la société et de ses modes d'expression interpellent et restent inaliénables. Pour accréditer son personnage, Zschokke déploie par petites touches une écriture toute en finesse et en ruptures. Comme improvisée et d'une élégance légère, elle sait répondre avec bonheur à une utopie walsérienne: le rêve «d'une absence d'identité totalement individuelle».