Miguel Espinosa. Tribada. Trad. d'Yves Roullière. Phébus, 384 p.

Il nous tombe un aérolithe déroutant, couvert d'éloges dans deux préfaces, de l'éditeur et d'Arrabal, qui y voient le Joyce et le Cervantès de Murcie, gros bourg agricole entre Alicante et Grenade. Espinosa (1926-1982) est mort peu après une édition partielle en 1979 de Tribada. L'intrigue repose sur la passion de Daniel qui fut l'amant de la pharmacienne Damiana avant qu'elle ne l'abandonne pour se livrer aux amours lesbiennes avec une couturière et d'autres «femmes homophiles». Une amoureuse de Daniel, Juana, lui écrit une avalanche de 63 billets pour le consoler, le guérir et tenter sa chance. L'ouvrage porte en sous-titre «Theologiae tractatus» (ce qui ne nous avance guère, sinon en soulignant que la perfection n'est pas de ce monde, mais fait songer au Louis Lambert de Balzac). En préambule, un copieux catalogue des «relations des personnages» (des documents préparatoires récupérés?) et deux listes: «dénominations de Damiana» et «dénominations de Lucia». C'est là, dans les métaphores («lèche-minou, entrecuisse qui frotte, image paléolithique, mâtin suspicieux», etc.) que se voit le mieux le don poétique d'Espinosa. Dommage qu'il n'ait pas eu le même talent pour décrire, faire voir, les personnes, les chambres, les rues.