Lors d’une visite toute récente à l’Institut littéraire suisse de Bienne, une étudiante m’a confié qu’elle ne se sentait plus légitime d’écrire sur un personnage masculin, a fortiori d’une autre couleur de peau qu’elle. Elle avait peur d’être accusée de «réappropriation culturelle», non pas par ses professeurs, mais par la société en général. Son malaise m’a ému. Une discussion s’est engagée avec d’autres élèves. Le constat était sans appel: toutes et tous appréhendaient de mettre en scène des personnages d’un autre genre, d’une autre époque ou d’une autre couleur de peau. Comme si le roman ne se situait plus dans le domaine symbolique mais devait au contraire se calquer sur la «vraie» vie de son auteur.