Pascale Roze. Un Homme sans larmes. Stock, 174 p.

Vingt siècles après sa mort, le poète latin Horace continue d'avoir de fervents admirateurs: après Xavier Patier et son Horace à la campagne (Les Belles-Lettres, 2000), la romancière Pascale Roze lui consacre un livre qu'on peut qualifier d'amoureux – comme l'était déjà sa Lettre d'été adressée à Tolstoï. C'est en effet la joie, le bonheur de vivre au quotidien qu'elle célèbre en élisant le poète des Odes comme modèle de vie et d'écriture: «Une écriture qui non seulement justifie le bonheur par une philosophie, mais où l'auteur se livre lui-même en tant qu'objet, en tant qu'exemple.» Combinant la modestie et l'audace, elle retraduit ses Odes pour mieux mettre ses pas dans ceux de ce fils d'affranchi, né en Apulie en 65 av. J.-C. Son statut de chantre d'Auguste ne l'empêcha pas d'être le premier «gentleman-farmer» de la littérature, grâce à son ami Mécène qui lui fit cadeau de sa maison de Tibur. Ce portrait sensible est aussi un autoportrait de la lauréate du Prix Goncourt 1998, qui cultive son jardin bourguignon en épicurienne. Elle achève cette belle méditation sur la vie, l'écriture et la mort en citant l'ode pacifiée dont son père scandait le début en découpant le gigot familial: Eheu, fugaces labuntur anni (Hélas, elles coulent, elles fuient les années…)