Ragmala. Anthologie des littératures en langues indiennes. Présentée par Anne Castaing. L'Asiathèque, 404 p.

En Occident, on connaît bien les auteurs indiens anglophones qui se sont imposés dans le sillage de Salman Rushdie, mais on ignore souvent l'autre littérature du sous-continent: celle qui s'écrit dans les multiples langues vernaculaires. Pour la découvrir, il faut lire cette anthologie. On y retrouve des romanciers et des poètes qui s'expriment en tamoul, en ourdou, en panjabi, en télougou, en marathi, en malayalam, en kannada, en bengali (Mahasweta Devi, par exemple, «la mère Teresa de Calcutta» qui met sa plume au service des miséreux) et, surtout, en hindi. Comme Krishna Baldev Vaid (traducteur de Beckett et de Racine), la jeune Alka Saraogi, Udayan Vajpayee (un poète qui doit autant à Tagore qu'à Octavio Paz) ou encore Nirmal Verma, l'auteur d'Un Bonheur en lambeaux, éblouissante plongée dans les entrailles de la rabelaisienne Delhi. Tous ces écrivains ont les mêmes objectifs: tourner le dos aux nostalgies rétrogrades, réhabiliter traditions indigènes et cultures populaires, démonter les rouages d'une société où les anciens repères sont désormais totalement périmés. Un ouvrage d'autant plus précieux qu'il est le premier à proposer un panorama exhaustif.