Salim Bachi. Autoportrait avec Grenade. Ed. du Rocher, coll. La Fantaisie du voyageur, 192 p.

Salim Bachi est l'auteur de deux beaux romans tourmentés, Le Chien d'Ulysse et La Kahéna (Gallimard, 2001 et 2003). Au bénéfice d'une bourse, il se trouve à Grenade pour trois mois, avec mission d'écrire un livre sur la ville. Ne prenez pas Salim Bachi pour guide, il est perdu. C'est un homme défait qui arrive en Andalousie: au milieu du chemin de sa vie, «la route où l'on va droit s'étant perdue», en panne d'écriture, largué par sa femme, victime d'une rechute de la maladie génétique qui le mine. De ses malheurs, il a réussi cependant à tirer une autofiction, comme on dit, drôle, intéressante et poétique. A l'hôtel où il se terre devant la télévision puis à l'hôpital, dans les brumes de la morphine, il reçoit des visites: Hamid Kaïm, le héros de La Kahéna; Hocine, celui du Chien d'Ulysse; son éditeur, inquiet à juste titre; Garcia Lorca, en habitant de Grenade. Leurs dialogues sont hilarants. Quelques figures surgissent du passé algérien. Des élèves de banlieue écrivent leur déception à l'auteur qui a annulé une rencontre, longuement préparée, pour partir en Espagne. Avec ce bric-à-brac, Salim Bachi réussit à tricoter un récit attachant où reportage et fantasmes se mêlent joyeusement.