Alice est jolie. C'est d'ailleurs sa principale occupation: vérifier sa beauté dans l'œil des Romains; l'entretenir avec des crèmes, des lotions, des parfums; la mettre en valeur avec des vêtements affolants. Sauf au travail: bibliothécaire dans un couvent, Alice dissimule ses charmes. De temps à autre, sa mère, une comédienne de seconde zone, complètement givrée, fait irruption dans sa vie pour lui raconter ses conquêtes ou lui demander service. Parfois, son père, installé à Athènes avec une Croate, débarque impromptu. Alice a une foi aveugle dans les diktats de cet autocrate grognon. D'une phrase, il va creuser un trou sans fond dans le cœur de sa fille: «Tu n'es pas jolie», lui dit-il, «tu dois donc être très gentille avec les hommes.» Cet abîme, la jeune femme va tenter de le combler avec toutes les ressources de la cuisine italienne. L'auteur les détaille avec une gourmandise contagieuse mais c'est en vain: la blessure est trop profonde. Et puis gentille, comment l'être assez? Alice, en plein désarroi, ne trouvera rien de mieux que de se donner en pâture. Un premier roman réussi, burlesque et, au fond, assez mélancolique.