Vincent Philippe. Le Grillon de la maréchale. L'Aire, 150 p.

Saynètes, croquis, anecdotes, intrigues criminelles fantaisistes: Vincent Philippe raconte vingt-quatre petits contes dans tous les tons majeurs et mineurs; les personnages sont de loufoques châtelains et de banals estivants, des mélomanes forcenés, des amants délaissés ou des employés de bureau en mal d'aventure; avec l'impalpable docilité d'ombres chinoises, les voici qui s'agitent, désirent, rêvent, s'éprennent et se méprennent, au gré de narrateurs changeants. Chaque récit trouve une pente, une échappée, un miracle, un rebondissement grinçant, une note forcée ou grotesque qui mettent à distance l'illusion réaliste. Le plus souvent, l'auteur tire les ficelles les plus connues du fantastique: le vieux pape rêve de la fille de saint Pierre; un caprice déchaîne une catastrophe; la maréchale du chevalier à la rose quitte son lecteur de disques compacts pour aller faire taire un grillon importun, un cavalier à grand chapeau abandonne au galop la gravure sur laquelle il est représenté, les miroirs déploient leurs reflets maléfiques… Plus rarement, par exemple dans «Le landau» ou «Tête de ligne», il arrive que le récit se dépouille de tout clinquant, que le narrateur se fasse plus discret, et que passe un souffle d'émotion.